Chateau intérieur, Thérèse d'AVILA
Quelques extraits
Page 11 - La force de l'obéissance peut aplanir des choses qui semblent impossibles.
Page 13 - Il est clair que lorsque je réussirai à dire quelque chose elles comprendront que cela ne vient pas de moi.Chapitre 1er
Page 17 - Considérez notre âme comme un château fait tout entier d'un seul diamant ou d'un très clair cristal, où il y a beaucoup de chambres, de même qu'il y a beaucoup de demeures au ciel.
Page 18 - Mais les biens que peut contenir cette âme, qui habite en cette âme, ou quel est son grand prix, nous n'y songeons que rarement.
Page 19 - Au centre, au milieu de toutes, se trouve la principale, où se passent les choses les plus secrètes entre Dieu et l'âme.Pour revenir à notre bel et délicieux château, nous devons voir comment nous pourrons y pénétrer.
Page 21 - Si ces âmes ne cherchent pas à connaître leur grande misère et à y porter remède, elles resteront transformées en statues de sel faute de tourner la tête vers elles-mêmes.
Page 22 - La porte d'entrée de ce château est l'oraison et la considération.Page 25 - Toutes les bonnes actions qu'elle accomplit ainsi, en état de péché mortel, ne portent aucun fruit qui mérite le ciel.
Page 28 - Cette personne disait qu'elle avait tiré deux choses de la grâce que le Seigneur lui a faite : l'immense crainte de l'offenser (elle le suppliait donc sans cesse de ne pas la laisser tomber dans le péché, dont elle voyait les terribles effets) ; un miroir d'humilité (tout ce que nous pouvons faire de bon n'a pas son principe en nous).
Page 33 - Nous devons fixer nos regards sur le Christ, notre bien ; là, nous apprendrons la véritable humilité.
Terribles sont les ruses et astuces du démon pour empêcher les âmes de se connaître et de discerner leur voie.
Page 36 - Considérez que rares sont les demeures de ce château où les démons renoncent à combattre.
Page 37 - Comprenons que la véritable perfection est dans l'amour de Dieu et du prochain ; plus nous observerons ces deux commandements, plus parfaites nous serons.
Chapitre unique
Page 43 - Il s'agit de paroles de gens de bien, de sermons, de ce qu'on lit dans de bons livres, de beaucoup de choses que vous avez entendues, et qui sont un appel de Dieu.
Sa Majesté sait bien attendre de longs jours, des années en particulier quand elle voit en nous de bons désirs, et de la persévérance.
Ils présentent, comme éternelles, en quelque sorte, ses joies, l'estime dans laquelle il nous tient, les amis et parents, la santé par rapport aux choses de la pénitence, (car toujours l'âme qui entre dans cette demeure se met à souhaiter de se mortifier un peu).
Vrai, l'âme souffre ici de grandes peines, en particulier si le démon comprend que son caractère et ses habitudes la prédisposent à aller très loin ; alors, tout l'enfer se conjuguera pour l'obliger à s'en retourner et à sortir du chateau.
Vous allez vous battre contre tous les démons, et il n'est meilleures armes que celle de la croix.
Page 48 - Le Seigneur veut souvent que de mauvaises pensées nous poursuivent et nous affligent sans que nous parvenions à les chasser, il permet les sécheresses, il consent même parfois à ce que nous soyons mordus pour mieux savoir nous garder à l'avenir, et mettre à l'épreuve notre profond regret de l'avoir offensé.
Page 49 - La paix, la paix.... Croyez moi donc : si nous ne la possédons pas, si nous ne la recherchons pas dans notre maison, nous ne la trouverons pas chez des étrangers. Il faut mettre fin à cette guerre.
Page 50 - Songer que nous devons entrer dans ce château sans rentrer en nous-mêmes, nous connaître, considérer cette misère, ce que nous devons à Dieu, et sans lui demander souvent miséricorde, c'est de la folie.
Page 51 - Il nous est nécessaire pour cela de prier afin de ne pas vivre toujours en tentation.
Troisièmes demeures
Chapitre premier
Page 55 - Je tiens pour certain que le Seigneur ne manque jamais de donner au vainqueur la sécurité de conscience, ce qui n'est pas un mince avantage. J'ai dit la sécurité, et je me suis mal exprimée, car il n'en est pas en cette vie ; comprenons donc toujours que je sous-entends : si l'âme ne s'écarte pas à nouveau du chemin dans lequel elle s'est engagée.
Page 56 - C'est une fort grande misère que cette vie où nous devons vivre toujours comme ceux qui, l'ennemi aux portes, ne peuvent ni dormir ni manger sans armes, toujours inquiets qu'ils n'ouvrent quelques brèche dans cette forteresse.
Page 58 -Ces âmes, de par la bonté de Dieu, sont, je le crois, nombreuses en ce monde : vivement désireuses de ne pas offenser Sa Majesté, elles se gardent même des péchés véniels et sont amies de la pénitence, elles réservent des heures au recueillement, emploient bien leur temps, s'appliquent aux œuvres de charité envers le prochain.
Page 59 - Nous disons toutes que nous le voulons ; mais il faut bien davantage pour que Seigneur possède l'âme tout entière, il ne suffit pas de le dire... et les grandes sécheresses dans l'oraison viennent habituellement de là.
Page 60 - Ne demandez pas ce que vous n'avez pas mérité ; nous avons beau Le servir, l'idée que nous, qui avons offensé Dieu, puissions mériter ce qu'il accorde aux saints, ne devrait même pas nous venir à la pensée.
Page 61 - Sa Majesté nous dit ce que nous devons faire pour être parfaits, que voulez-vous que fasse Sa Majesté, qui doit mesurer sa récompense à l'amour que nous lui portons ? Et cet amour, mes filles, ne doit pas être fabriqué par notre imagination, mais prouvé par des œuvres ; et ne croyez pas que le Seigneur ait besoin de nos œuvres, mais de la décision de notre volonté.
Il n'y a pas de doute, si nous persévérons dans ce dénuement et cet abandon de tout, nous atteindrons notre but... regardez-vous comme des serviteurs inutiles.
Page 62 - Croyez que rien n'oblige notre Seigneur à vous faire de telles faveurs ; votre dette est même d'autant plus forte que vous avez plus reçu.
Chapitre 2
Page 63
Elles semblaient avoir déjà maitrisé le monde, ou du moins être bien déçues par lui, mais lorsque notre Seigneur les soumit à des épreuves peu importantes, leur inquiétude fut telle, leur cœur fut si serré, que j'en fus éberluée et même fort effrayée.
Page 66 - L'affaire n'est pas de porter ou non un habit religieux mais de chercher à nous exercer dans la vertu, de soumettre en toutes choses notre volonté à celle de Dieu, et de conformer notre vie à ce que sa majesté dispose ; ne disposons point que notre volonté se fasse, mais la sienne.
Page 67 - Elles aiment beaucoup leur vie mise au service de notre Seigneur, et tout cela n'est point mauvais, mais elles ne se mortifient que très prudemment, pour que leur santé n'en pâtisse point. Ne craignez pas qu'elles se tuent, elles sont en possession de leur raison, l'amour ne les fait pas encore déraisonner. Mais je voudrais qu'elle nous incite, notre raison, à ne pas nous contenter toujours de cette manière de servir Dieu, à pas trainant, car nous n'arriverions jamais au bout du chemin.
Page 68 - Nous sommes de si grands cerveaux que tout nous offense, car nous avons peur de tout ; ainsi nous n'osons pas aller de l'avant.
Page 70 - Quand je lisais dans les livres les faveurs et les consolations que le Seigneur accorde aux âmes qui le servent, j'en avais une grande joie, et mon âme y trouvait le sujet de vives louanges à Dieu.
Si ces faveurs viennent de Dieu, elles sont chargées d'amour et de courage, on peut donc continuer à marcher sans peine, et croître en bonnes actions et en vertu.
Page 71 - S'exercer à la prompte obéissance... il serait fort utile, comme le font de nombreuses personnes, d'avoir quelqu'un à qui recourir pour ne faire en aucun cas notre volonté propre.
Page 72 - Les personnes, déjà exercées à souffrir, connaissent les tempêtes du monde et ont des raisons de ne guère les redouter. Il se peut que dans l'attitude extérieure, la manière d'être, nous les surpassions, mais le principal n'est pas là, bien que ce soit important, mais il n'y a pas de quoi vouloir que tout le monde suive immédiatement le même chemin que nous, ni de nous mettre à les instruire des voies spirituelles, alors que d'aventure, nous les ignorions ; car nous pouvons faire un usage fort erroné de ce désir que nous donne Dieu d'aider les âmes. Il vaut donc mieux nous en tenir à notre Règle : "Cherchez à vivre toujours dans le silence et l'espérance", et le Seigneur prendra soin de ces âmes.
Quatrièmes demeures
Chapitre premier
Page 77 - Je parlerai ici de la différence entre les contentements qu'on trouve dans l'oraison, ou les plaisirs... Le contentement procède de l'acte vertueux même que nous accomplissons, il nous semble l'avoir gagné par notre travail, et nous sommes contents, à juste titre, de nous être appliqués à ces choses... ils partent de notre nature elle-même et s'achèvent en Dieu. Les plaisirs partent de Dieu, notre nature les ressent, et elle en jouit autant que peuvent jouir les personnes dont j'ai parlé.
Page 78 - Les contentements dont j'ai parlé ne dilatent pas le cœur, ils semblent même à l'ordinaire, le serrer un peu, bien qu'il soit tout content de voir ce qui se fait pour Dieu.
Page 79 - Ces larmes et ces désirs sont souvent favorisés par la nature et la disposition du moment ; mais enfin comme je l'ai dit, quoi qu'il en soit, ils aboutissent à Dieu. C'est hautement appréciable, si l'humilité est là pour nous faire comprendre que nous ne sommes pas meilleurs pour cela.
Page 80 - Pour beaucoup avancer sur ce chemin et monter aux demeures que nous désirons atteindre, il ne s'agit pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer.
Page 81 - Mais l'âme d'aventure, est tout unie à Lui dans les très proches demeures tandis que la pensée, encore aux alentours du château, en proie à mille bêtes féroces et venimeuses acquiert des mérites par ces souffrances ; cela ne doit donc pas nous troubler, ni nous inciter à abandonner, car c'est ce que prétend le démon.
Page 82 - Il ne serait pas surprenant que le Seigneur ait voulu me donner ce mal de tête pour me le faire mieux comprendre ; car malgré le tumulte qui y règne, cela ne me gène ni dans l'oraison, ni pour m'exprimer, mais l'âme est tout entières dans sa quiétude, dans son amour, dans ses désirs, et dans la claire connaissance.
Page 83 - Il n'est donc pas bon de nous laisser troubler par nos pensées, ni d'y accorder la moindre importance ; ainsi si elles nous viennent du démon, il y renoncera ; et si cela provient, comme c'est le cas, ainsi que d'autres conséquences, de la misère où nous a laissées le péché d'Adam, prenons patience, souffrons tout pour l'amour de Dieu.
Chapitre 2
Page 87 - Il me semble avoir déjà parlé des consolations spirituelles, qui parfois, quand s'y mêlent nos passions, provoquent une frénésie de sanglots...mais il doit s'ensuivre de la consolation ; car comme je le dis, tout aboutit au désir de contenter Dieu et de jouir de sa Majesté.
Page 88 - Telle est la différence : celle qui vient par les aqueducs s'assimile, ce me semble, aux contentements qu'on obtient par la méditation ; nos pensées nous les procurent, en nous aidant des choses créées pour méditer par un effort de l'entendement ; et comme elle vient, enfin, de notre industrie, c'est avec bruit qu'elle répand quelque chose de profitable dans l'âme, comme je l'ai dit.
Dans l'autre bassin, l'eau naît de la source même qui est Dieu.
Page 92 - Je réponds que le meilleur moyen est celui que je vous ai dit, ne pas les (faveurs) rechercher pour les raisons suivantes. La première, c'est qu'il faut d'abord pour cela aimer Dieu sans intérêt. La seconde, c'est qu'il y aurait certains manque d'humilité à penser que nos misérables services pourraient nous valoir quelque chose d'aussi grand. La troisième, c'est que la vraie manière de nous y préparer est le désir de souffrir et d'imiter le Seigneur. La quatrième, c'est que Sa Majesté n'est pas obligée de nous l'accorder.
Page 93 - Nous sommes à Lui, mes sœurs, qu'il fasse de nous ce qu'il voudra, qu'il nous conduise par la voie qui lui plaira.
Page 96 - Ne songez pas que nous y parvenions à l'aide de l'entendement, en nous appliquant à penser que Dieu est en nous, ni à l'aide de l'imagination, en l'imaginant en nous. C'est là une bonne, une excellente manière de méditation, basée sur la vérité, puisqu'il est vrai que Dieu est en nous-même ; cela chacun de nous peut le faire, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Ce dont je parle est différent ; parfois, avant de commencer à penser à Dieu, ces gens sont déjà dans le château…. on n'entend rien, mais on ressent très manifestement un doux recueillement intérieur.
Page 98 - Dans ce travail spirituel, celui qui pense le moins et veut le moins obtient plus ; ce que nous devons faire, c'est demander comme le font de pauvres nécessiteux devant un grand et riche empereur ; ensuite, baisser les yeux et attendre humblement.
Page 102 - La crainte qu'elle eut de détruire sa santé en faisant pénitence, elle la rejette entièrement en Dieu ; ses désirs de se mortifier s'accroissent. Son appréhension des épreuves diminue, car sa foi est plus vive, et elle comprend que si elle les endure pour Dieu, sa Majesté lui accordera la grâce de les supporter patiemment.
Cinquièmes demeures
Chapitre premier
Page 111 - Elle est comme toute entière morte au monde pour mieux vivre en Dieu...l'âme semble vraiment se séparer du corps pour mieux se trouver en Dieu, de telle sorte que je ne sais même pas s'il lui reste assez de vie pour respirer.
Page 112 - L'entendement voudrait s'employer tout entier à comprendre quelque chose de ce qu'éprouve l'âme, et comme ses forces n'y suffisent point, il reste ébahi de telle façon que s'il n'est pas complètement annulé, il ne bouge ni pied, ni main, comme on le dit d'une personne évanouie si profondément qu'elle nous parait morte.
Page 113 -Et j'ose affirmer que c'est vraiment une union avec Dieu, le démon ne peut entrer, ni faire aucun mal ; car Sa Majesté est si étroitement unie à l'essence de l'âme qu'il n'ose approcher, et qu'il ne doit même pas connaître ce secret.
Page 115 - Croyez que tout est possible à Dieu et beaucoup plus encore, ne vous demandez pas si ceux à qui il accorde ses grâces sont bons, ou s'ils sont vils, Sa Majesté le sait. Nous n'avons pas à nous en mêler, mais à servir Sa Majesté avec simplicité de cœur, humilité, et à la louer de ses œuvres et de ses merveilles. Dieu se fixe dans cet âme de telle façon que lorsqu'elle revient à elle, elle ne peut absolument pas douter qu'elle fut en Dieu, et Dieu en elle.
Page 116 - Ne vous y trompez point, n'allez pas croire que cette présence dont vous avez la certitude soit une forme corporelle comme l'est le corps de notre Seigneur Jésus-Christ dans le Saint Sacrement.
Page 121 - Vous voyez donc ici, mes filles, ce que nous pouvons faire avec la faveur de Dieu : Sa Majesté elle-même peut être notre demeure, comme Elle l'est dans cette oraison d'union, et nous pouvons construire cette demeure !
Page 122 - Car à peine aurons-nous fini de faire tout notre possible que Dieu unira à sa grandeur ce petit travail, qui n'est rien, et il lui donnera une si grande valeur que la récompense de cet ouvrage sera le Seigneur lui-même.
Page 123 - Elle (l'âme) ne sait comment elle a pu mériter un si grand bienfait : je veux dire qu'elle ignore d'où il a pu lui venir, sachant bien qu'elle ne le mérite point ; elle éprouve un tel désir de louer Dieu qu'elle voudrait s'anéantir et mourir pour Lui mille morts. Et elle se prend aussitôt à souhaiter subir de grandes épreuves, sans qu'elle puisse rien faire d'autre.
Page 124 - Tout ce qu'il peut faire pour Dieu lui semble peu de chose, si vif est son désir. Il ne prise pas beaucoup ce qu'on souffert les Saints, connaissant maintenant d'expérience l'aide que peut donner le Seigneur et qu'il transforme l'âme dont on ne reconnaît plus rien, pas même son visage. Car de faible pour faire pénitence, la voici forte ; son attachement aux parents, aux amis, à ses biens ne l'entrave plus, il lui pèse même de se contraindre à ce qu'elle est obligée de faire sous peine d'offenser Dieu.
Page 125 - Du déplaisir qu'ils trouvent aux choses du monde naît un si douloureux désir d'en sortir que leur soulagement est de penser que la volonté de Dieu leur impose cet exil, et cela ne suffit même pas, car malgré tout ce que l'âme a gagné, elle n'est pas encore aussi abandonnée à la volonté de Dieu qu'elle le sera dans l'avenir. Chaque fois qu'elle fait oraison, c'est là sa peine. Cette peine provient en quelque sorte de celle très vive qu'elle éprouve de voir Dieu offensé en ce monde, peu honoré, et le grand nombre d'âmes qui s'y perdent.
Chapitre 3
Page 131 - Il est toujours bien entendu qu'il doit chercher à progresser dans le service de notre Seigneur et dans la propre connaissance ; car s'il ne fait que recevoir cette faveur, s'il la tient pour assurée désormais, il en vient à moins surveiller dans la vie et à se fourvoyer sur le chemin du ciel.
Page 132 - Nous devons en déduire que pour acquérir de plus en plus de mérites et ne pas nous perdre comme ces gens là, il est un moyen sûr, l'obéissance, et ne point dévier de la loi de Dieu
Page 133 - Heureuse l'âme qui l'a (union) obtenue, elle vivra en paix en cette vie, et également dans l'autre, car aucun des évènements de la terre ne l'affligera, sauf de se trouver en quelque danger de perdre Dieu, ou de voir qu'on l'offense, mais ni la maladie, ni la pauvreté, ni mille morts, s'il ne s'agit de quelqu'un de nécessaire au service de Dieu ; car cette âme voit bien qu'il sait ce qu'il fait mieux qu'elle ne sait ce qu'elle désire.
Page 134 - Remarquez qu'il y a peines et peines ; des peines proviennent spontanément de la nature, de même des joies....elles ne nous empêchent pas d'être unis à la volonté de Dieu, elles ne troublent pas non plus l'âme d'une passion inquiète, turbulente et qui dure.
Page 135 - Cependant, celui qui se garde d'offenser Dieu et qui est entré en religion croit avoir tout fait. Ils (les vers) ont rongé nos vertus par l'amour-propre, l'estime personnelle, nos jugements sur le prochain, par de petites choses aussi, le manque de charité envers les autres, faute de les aimer comme nous même ; car si nous arrivons, à la traine, à remplir nos obligations pour ne pas commettre un péché, nous sommes encore bien loin de l'union totale à la volonté de Dieu.
Page 136 - Ici, le Seigneur ne nous demande que deux sciences : celles de l'amour de Sa Majesté et du prochain, voilà à quoi nous devons travailler.
Nous ne pouvons savoir si nous aimons Dieu, bien que d'importants indices nous fassent entendre que nous l'aimons, mais nous pouvons savoir, oui, si nous avons l'amour du prochain.
Page 138 - Le Seigneur veut des oeuvres.
Page 142 - L'union n'est pas encore les fiançailles spirituelles. Mais l'accord est déjà fait, l'âme est fort bien informée de son bonheur et déterminée à faire en tout la volonté de son Epoux, à le complaire de toutes les manières, et l'Epoux, qui comprend bien qu'il en est ainsi, se complait en elle.
Page 143 - Mais si cette âme égare son affection sur quelque chose qui ne soit pas Lui, elle perd tout, et c'est une immense perte, aussi grandes que le sont les grâces qu'elle recevait, et bien plus grande qu'on ne saurait le dire.
Page 144 - Une âme n'est pas seule à se perdre, mais un grand nombre avec elle... Et si nous considérons la multitude des âmes que Dieu ramène à Lui au moyen d'une seule, nous pouvons beaucoup le louer des milliers de conversions que faisaient les martyrs.
Page 145 - Si cette âme était toujours cramponnée à la volonté de Dieu, il est clair qu'elle ne se perdrait pas ; mais arrive le démon, avec sa grande subtilité, et sous couleur de bien, il l'en éloigne par de toutes petites choses. Il l'engage dans d'autres dont il lui insinue qu'elles ne sont pas mauvaises, et peu à peu, en obscurcissant son entendement, en tiédissant sa volonté, en accroissant en elle l'amour-propre, il l'écarte, chaque fois aidant, de la volonté de Dieu.
Par quelles voies le démon peut il pénétrer dans votre âme si dangereusement qu'elle se perde ?
Page 146 - Le Seigneur permet peut-être qu'il en soit ainsi pour voir comment se comporte cette âme qu'il destine à en éclairer d'autres ; car si elle se montre vile, mieux vaut que ce soit au début plutôt que lorsqu'elle pourrait nuire à beaucoup d'autres.
Sixièmes demeures
Chapitre premier
Page 151 - L'âme recherche davantage la solitude, et autant que son état le lui permet, évite tout ce qui peut l'en sortir. L'entrevue avec son Epoux est si présente à son âme que son unique désir est d'en jouir à nouveau...mais l'Epoux ne tient pas compte de ce vif désir de célébrer immédiatement les fiançailles, il veut qu'elle le désire encore plus vivement et que le plus grand des biens lui coûte un peu de son bien.
Page 154 - L'expérience lui montre clairement que les gens sont aussi prompts à dire du mal qu'à dire du bien, elle ne fait donc pas plus cas de l'un que de l'autre. Plus occupée de l'honneur et de la gloire de Dieu que de son propre renom, elle n'est plus tentée de croire, comme au début, que ces louanges ont pour but de l'abattre...et peu lui importe qu'on la déshonore, si, en échange, Dieu est loué ne serait-ce qu'une fois ; et advienne que pourra.
Page 155 - L'épreuve de bénéficier sans raison de l'estime publique est incomparablement plus pénible que les sarcasmes. Quand l'âme en vient à moins s'affliger des louanges, elle ressent beaucoup moins les moqueries ; elle s'en réjouit plutôt, c'est pour elle une musique très douce... elle s'éprend pour eux d'un amour particulièrement tendre et les tient pour ses meilleurs amis, puisqu'ils lui font gagner plus que ceux qui disent du bien d'elle. Le Seigneur envoie aussi parfois de très graves maladies. C'est là une épreuve bien pire, en particulier lorsqu'elles s'accompagnent de souffrances aiguës... Cela décompose l'intérieur et l'extérieur de telle façon que l'âme oppressée ne sait que devenir, elle préférait de beaucoup un prompt martyre à ces souffrances là.
Page 159 - Mais la grâce...est si cachée, qu'elle ne perçoit pas la plus petite étincelle d'amour de Dieu en elle, et qu'elle n'imagine pas l'avoir jamais aimé ; le bien qu'elle a pu faire, une faveur que Sa Majesté a pu lui accorder, tout lui semble songe ou imagination ; mais elle est certaine des péchés qu'elle a commis.
Page 160 - Ce grand Dieu veut que nous voyons en Lui le Roi, et en nous notre misère.
Chapitre 2
Page 164 - Il arrive que Sa Majesté l'éveille, brusquement, comme passe une étoile filante, ou comme éclate un coup de tonnerre, mais elle n'entend aucun bruit : l'âme comprend toutefois fort bien que Dieu l'a appelée.
Page 165 - Je me demande si on ne pourrait pas dire que de ce brasier ardent, qui est mon Dieu, une étincelle jaillit, touche l'âme, et lui transmet sa flamme ardente ; c'est insuffisant pour la brûler, mais si délectable qu'elle reste tout en peine, et il a suffi d'un contact pour susciter cet effet.
Page 167 - Du fait des grands bienfaits que cette faveur communique à l'âme ; ce sont à l'ordinaire, le désir de subir de nombreuses épreuves, la détermination accrue de s'éloigner des contentements et conversations de la terre, et autres choses semblables.
Page 168 - L'âme s'émeut du désir savoureux de jouir de Lui, elle se trouve disposée à accomplir de grandes actions et à louer notre Seigneur. Cette faveur nait de ce que je viens d'évoquer mais ici rien ne fait de la peine.
Page 170 - Revenons donc à mon premier sujet, celui des paroles dites à l'âme.
Page 172 - Premier signe...
Il suffit qu'on lui dise la parole "C'est moi, n'aies pas peur" pour que tout se dissipe ; elle est parfaitement consolée, persuadée que personne ne pourrait lui faire croire qu'il en est autrement. Second signe : l'âme se retrouve dans une grand quiétude, dans un recueillement fervent et apaisé, prête à louer Dieu.
Page 173 - Troisième signe : ces paroles ne s'effacent pas de la mémoire avant fort longtemps, et certaines ne s'effacent jamais, alors que nous oublions celles que nous entendons ici-bas.
Page 174 - Il est fort nuisible de ne pas croire Dieu assez puissant pour accomplir des œuvres que notre entendement n'entend pas.
Page 175 - Si les paroles entendues naissent de l'imagination, on ne remarque aucun de ces signes : ni certitude, ni paix, ni joie intérieure.
Page 176 - Le Seigneur parle encore à l'âme d'une autre façon...C'est au si intime de l'âme, on croit si clairement entendre ces paroles du Seigneur lui-même avec l'ouïe de l'âme.
Page 177 - La première, la clarté des paroles est bien différente ; elles sont si claires que s'il manquait une syllabe dans ce que l'âme a entendu, elle s'en souviendrait.
La seconde : souvent, on était bien éloigné de penser à ce qu'on a entendu, c'est survenu à l'improviste, et même au milieu d'une conversation.
La troisième : lorsqu'il s'agit de Dieu, on est comme quelqu'un qui entend, et lorsqu'il s'agit de l'imagination, comme quelqu'un qui compose peu à peu ce qu'il veut lui-même qu'on lui dise.
La quatrième : les paroles sont fort différentes... un seule suffit à faire comprendre beaucoup de choses que notre entendement ne pourrait composer si rapidement.
Page 179 - Plus la faveur est grande, plus l'âme se méprise, plus elle se rappelle ses péchés, plus elle oublie ses progrès, plus elle applique sa volonté et sa mémoire à ne vouloir que l'honneur de Dieu, sans songer à son profit personnel.
Chapitre 4
Page 184 - Lorsque le Seigneur juge bon de communiquer à l'âme ravie certains secrets, ou certaines choses du ciel, ou des visions imaginaires, elle peut ensuite en faire le récit ; cela reste gravé dans sa mémoire de telle manière que jamais elle ne l'oublie.
Page 185 - Nous n'avons pas à chercher des raisons de comprendre les choses cachées de Dieu, mais puisque nous croyons en sa puissance, nous devons croire, c'est clair, que le ver de terre que nous sommes, dont la puissance est si limitée, est incapable de concevoir ses grandeurs.
Page 186 - Lorsque l'âme est ainsi, en extase, le Seigneur ne doit pas toujours lui permettre de pénétrer ces secrets (elle est d'ailleurs si occupée à jouir de lui que ce bonheur lui suffit) mais il lui permet parfois de se ranimer, et de voir soudain ce qu'il y a dans cet appartement. Revenue à elle, elle garde donc l'image des grandeurs qu'elle a vues ; elle ne peut néanmoins en décrire aucune.
Page 188 - Servons nous de ces fautes pour connaître notre misère.
Page 189 - Parfois aussi tout s'interrompt soudain, les mains et le corps se refroidissent à tel point qu'elle croit être privée d'âme, et qu'il arrive même qu'on ne perçoive plus son souffle.
Page 190 - Que peut-il s'ensuivre d'une faveur aussi grande que celle-là ? Je voudrai vivre mille vies pour les vouer toutes au service de Dieu, et que toutes choses sur terre se transforment en langues pour le louer.
Page 191 - "Ne te mets pas en peine, puisqu'ils doivent soit me louer, Moi, soit me dire de toi ; et quoi qu'on dise, tu y gagnes".
Page 195 - Vous, à qui Sa Majesté aurait accordé cette faveur ou des grâces semblables de veiller à ne pas vous contenter de recevoir. Considérez que quiconque doit beaucoup devra beaucoup payer.
Page 196 - Pour la consoler, le Crucifié lui-même lui dit qu'il lui donnait toutes les douleurs et toutes les épreuves qu'il avait souffertes dans sa passion ; elle pouvait se les approprier, pour les offrir à son père.
Page 197 - Pour revenir à ce brusque rapt de l'esprit, il est tel que l'esprit semble vraiment quitter le corps, et pourtant, c'est clair, cette personne n'est pas morte. D'autres lui sont montrées par une vision intellectuelle, en particulier une multitude d'anges, en compagnie de leur Seigneur.
Page 198 - Quand elle revient à elle, elle a tant gagné, les choses de la terre lui semblent si peu de choses comparées à ce qu'elle a vu, qu'elle n'y voit qu'ordures.
Page 199 - Le Seigneur semble avoir voulu lui faire entrevoir le pays où elle ira un jour.
Choses si efficaces, qui laissent dans l'âme tant de paix, de calme et de bienfaits, trois, en particulier, à un très haut degré. Le premier est la connaissance de la grandeur de Dieu. Le second : connaissance de soi, humilité de voir comment chose si basse comparée au Créateur de tant de grandeurs a osé l'offenser. Le troisième : ne guère priser toutes les choses de la terre, si ce n'est celles qui peuvent s'employer au service d'un si grand Dieu.
Page 202 - Bien que la certitude habite une partie de son âme, spécialement quand elle est seule avec Dieu.
Page 203 - Dieu donne à cette âme un si vif désir de ne le fâcher, si peu que ce soit, en rien, autant que possible, de ne rien faire d'imparfait, que dans ce seul but, sans présumer de tout le reste, elle voudrait fuir les gens, et elle envie beaucoup ceux qui vivent ou ont vécu au désert.
Page 207 - Viennent les larmes si Dieu nous les envoie sans que nous cherchions à les provoquer. Elles arroseront cette terre sèche, et aident beaucoup à produire des fruits, d'autant plus que nous y prêtons moins d'attention, car cette eau tombe du ciel.
Page 209 - Dans sa joie, cette âme s'oublie si bien elle-même, et toutes choses, qu'elle ne remarque et n'exprime que de ce qui procède de sa joie, la louange de Dieu.
Page 211 - Plus Dieu nous donne, plus s'accroit notre douleur d'avoir péché.
Page 212 - L'un des effets des grandeurs qui lui sont communiquées est de mieux lui faire comprendre la grandeur de Dieu.
Page 214 - L'éloignement de toute chose corporelle est le fait d'esprits angéliques toujours enflammés d'amour, alors que nous, qui vivons dans un corps mortel, nous avons besoin du commerce, de la pensée, de la société de ceux qui, dans ce corps, ont réalisé pour Dieu de si hauts faits.
Page 215 - Certaines âmes, dès que Notre Seigneur, leur accorde la contemplation parfaite, voudraient y demeurer toujours, et ce n'est pas possible.
Page 216 - L'âme voudrait se vouer toute entière à l'amour, elle voudrait ne s'occuper de rien d'autre, mais elle a beau le vouloir, elle ne le pourra pas.
Page 217 - Car au début, il est possible qu'un an ou même plusieurs années se passent sans que le Seigneur ne nous accorde rien.
Page 218 -J'appelle méditation les nombreuses réflexions à l'aide de l'entendement.
Page 219 - L'âme voit d'un seul regard, qui il est, elle mesure l'ampleur de notre ingratitude devant de si grandes souffrances ; la volonté intervient, et même si elle ne s'attendrit point, elle désire apporter son tribut à une si grande grâce, souffrir pour celui qui a tant souffert, et autres choses semblables, qui occupent la mémoire et l'entendement.
Page 221 - Je crois avoir fait comprendre combien il importe, si spirituel qu'on soit, de ne pas fuir les choses corporelles au point d'imaginer que la Très Sainte Humanité elle-même nous fait du mal.
Page 224 - Il lui arrive de sentir près d'elle Jésus-Christ notre Seigneur, sans toutefois le voir ni des yeux du corps ni ceux de l'âme.
Page 226 - Il nait de cette compagnie constante un amour infiniment tendre pour sa Majesté, et comparé à ce que j'ai déjà dit, le désir encore plus vif de se consacrer tout entière à le servir.
Page 228 - Que cette âme remercie particulièrement Dieu de ces grâces, il ne les accorde pas à tout le monde, elle doit les estimer hautement et chercher à mieux servir Dieu.
Page 241 - L'âme gagne beaucoup à cette faveur du Seigneur ; quand elle pense à lui, ou à sa vie et Passion, elle se rappelle son très paisible et beau visage, c'est une immense consolation.
Page 242 - C'est de ma part une très grande témérité que de vouloir choisir moi-même le chemin sans savoir quel est celui qui me convient le mieux , au lieu de laisser le Seigneur, qui me connaît, me conduire par celui qui convient, et où je ferai sa volonté en toutes choses.
Page 243 - Le fait d'âmes très amoureuses, qui voudraient que le Seigneur voie qu'elles ne le servent pas pour la solde, et comme je l'ai dit, jamais elles ne songent qu'elles doivent recevoir le ciel en échange dd quoi que ce soit, ce n'est pas dans ce but qu'elles s'efforcent de mieux servir, mais pour satisfaire l'amour, dont la nature est d'agir toujours de milles manières.
Page 246 - Quand le Seigneur le veut, il arrive que l'âme, en oraison et en pleine possession de ses sens, soit soudain ravie dans une extase où le Seigneur lui fait comprendre de grands secrets qu'elle croit voir en Dieu lui-même.
Page 247 - Oh ! Ne nous figurons pas que ce soit quelque chose de souffrir les injures, mais passons sur tout cela de bien bon coeur, et aimons celui qui nous insulte ; car ce grand Dieu n'a pas cessé de nous aimer, nous, qui pourtant l'avons beaucoup offensé, il a donc bien raison de vouloir que tout le monde pardonne, si grave que soit l'injure.
Page 251 - A mesure qu'elle connait mieux les grandeurs de son Dieu, qu'elle se voit séparée de lui, et fort éloignée d'en jouir, son désir s'accroit d'autant.
Page 253 - Cet état, si bref soit-il, désarticule le corps, le pouls est aussi faible que si la personne voulait rendre son âme à Dieu, et elle n'en est pas loin.
Page 254 - Elle éprouve un étrange sentiment de solitude, aucune des créatures sur terre ne peut lui tenir compagnie, ni celles du Ciel, à ce que je crois, si ce n'est Celui qu'elle aime.
Septièmes demeures
Chapitre premier
Page 263 - Nous avons tous une âme, mais nous ne l'apprécions pas comme le mérite une créature faite à l'image de Dieu, nous ne comprenons donc pas les grands secrets qui sont en elle.
Page 265 - Quand notre Seigneur consent à prendre en pitié cette âme qui a souffert et souffre de désir et qu'il a déjà prise spirituellement pour épouse, avant la consommation du mariage spirituel il l'introduit dans sa Demeure qui est cette Septième.
Page 267 - Ici, il en est autrement. Notre bon Dieu, maintenant, veut faire tomber les écailles de ses yeux ; pour lui faire voir et comprendre quelque chose de la faveur qu'il lui fait, il l'use d'un procédé extraordinaire ; introduite dans cette Demeure par une vision intellectuelle, on lui montre, par une sorte de représentation de la vérité, la Très Sainte Trinité, toutes les trois personnes.
Chapitre 2
Page 273 - Sa Majesté, qui Elle aussi est esprit, pour montrer son amour pour nous, veut faire concevoir à certaines personnes jusqu'où va cet amour, pour que nous louions sa grandeur ; Dieu a tenu à s'unir à la créature si intimement que comme ceux qui ne peuvent désormais se séparer, il ne veut pas se séparer d'elle.
Chapitre 3
Page 281 - Ainsi, l'âme ne se soucie pas de ce qui peut advenir, elle est dans un étrange oubli de toute chose, car comme je l'ai dit, elle semble n'être plus, et elle voudrait n'être rien en rien, si ce n'est lorsqu'elle comprend qu'elle peut contribuer à accroître d'un point la gloire et l'honneur de Dieu ; elle exposerait alors sa vie de très bon cœur.
Page 282 - Ces âmes éprouvent aussi une grande joie intérieure dans la persécution et une paix croissante, sans aucune inimitié envers ceux qui leur nuisent ou cherchent à le faire ; elles s'éprennent plutôt pour eux d'un amour particulier, s'affligent tendrement si elles les voient en peine, et endureraient bien des choses pour les en libérer.
Chapitre 4
Page 295 - Fixez votre regard sur le Crucifix, et tout vous semblera facile. Alors que sa Majesté nous a manifesté son amour par tant d'actes et d'épouvantables tourments, comment voulez-vous ne le satisfaire qu'avec des mots ?
Page 301 - Le Seigneur considère moins la grandeur des œuvres que l'amour avec lequel on les fait.