Le corps dans tous ses états
Merveilleux et mystérieux, notre corps nous fascine autant qu'il nous questionne.
Il est important de prendre le temps d'explorer ce lieu si essentiel où se jour toute notre humanité. Car c'est dans et par notre corps que la vie se donne, que les liens se tissent, que la fragilité s'exprime et que la solidarité prend forme.
Prendre corps
"Mystérieuse, fascinante, la vie commence bien avant le premier cri : neuf mois d'une dans intime où corps et esprit se tissent, se façonnent, s'édifient ensemble.
La fertilité - masculine comme féminine - est au cœur de notre humanité. La comprendre, c'est découvrir un pouvoir immense. Apprendre comment fonctionnent les cycles, en particulier le cycle féminin, c'est entrer dans une connaissance qui relie la biologie et la vie ; et cette connaissance nous fortifie.
Tout commence par une rencontre : celle d'un spermatozoïde et d'un ovocyte. deux cellules qui ne sont pas comme les autres, car elles sont porteuses de la promesse d'une nouvelle existence. Ces cellules ont une longue histoire, au sein d'un corps. En effet, bien avant cette rencontre, les cellules précurseurs de ces gamètes sont apparues lors de la vie fœtale de celui ou de celle qui un jour deviendra parent.
La grossesse est une aventure extraordinaire - physique, émotionnelle, spirituelle. Aventure commune à toutes les mères, aucune grossesse ne ressemble pourtant à une autre. Certaines débutent difficilement, d'autres s'achèvent dans la douleur, d'autres encore se déroulent dans une grande harmonie. Mais toutes, sans exception, laissent une trace dans le corps, l'esprit et le cœur.
Et ce corps, témoin de la vie, en dit toujours long..."
Baisse de la natalité
La baisse de la natalité reflète une transformation profonde de la société : la façon dont on perçoit l'avenir, le travail, la famille et la possibilité de transmettre.
Pour la première fois en 2024, le nombre des décès (700 000) a rattrapé celui des naissances (663 000).
Une étude de l'UNAF montre que le désir d'enfant, entendu comme le nombre idéal personnel d'enfants que souhaiterait avoir une personne, reste fort en France : 2,27 enfants en 2023. L'écart entre ce désir et la réalité s'est accru ces dernières années.
S'en tenir à des considérations économiques ne peut être que réducteur. Le débat sur l'accueil de la vie est avant tout éthique. Comment prend-on en compte la réalité du corps humain dans l'organisation sociale, pour ce qui concerne la fertilité et la fécondité ?
Quelques pistes pour redonner confiance :
- Faciliter la conciliation vie professionnelle / vie familiale
- Rendre le logement accessible aux jeunes ménages
- Renforcer la santé mentale périnatale et la valorisation de la parentalité
- Stabiliser les politiques publiques
Mystères de la vie in utero
Une étude de l'INSERM confirme l'importance vitale du "peau à peau" entre le nouveau né et ses parents ; d'autres soulignent le rôle apaisant et fondateur de la voix maternelle.
Bien avant la naissance, le fœtus vit une véritable expérience sensorielle d'une grande richesse : il entend, ressent, apprend, rêve ...
Corps et esprit s'édifient ensemble, intimement liés dès la vie in utero. A partir du sixième mois, le bébé perçoit les sons, réagit à la parole, même à la communication silencieuse. Par le toucher, il explore son environnement, distingue son propre corps, joue, goûte, respire les odeurs du monde maternel. Ces stimulations précoces sculptent sa mémoire et orientent ses préférences.
La science révèle aussi le microchimérisme : nous savons aujourd'hui que les mères et les enfants s'échangent mutuellement des cellules qui passent la barrière placentaire. Et ces cellules peuvent s'installer durablement et se renouveler dans l'autre corps ! C'est un forme de mémoire du corps assez particulière.
Du côté de la maman, on peut retrouver des cellules issues des enfants qu'elle aura portés des décennies après leur naissance, y compris des cellules issues de bébés qui n'auraient pas vu le jour ou même de fausses couches passées inaperçues. On peut trouver ces cellules dans son cœur, ses poumons, sa thyroïde, ses seins et même dans son cerveau où des cellules fœtales se transforment en neurones, et ce phénomène pourrait être impliqué dans la programmation de comportements maternels et favoriserait même peut être l'attachement et la création de liens.
Certaines cellules fœtales agissent aussi comme des cellules souches et viennent réparer certaines lésions du corps de la maman liées au vieillissement. On en a par exemple trouvé dans des cicatrices de césarienne. C'est vrai que c'est dans l'intérêt de l'enfant d'améliorer la santé de sa maman.
La grossesse apparaît de plus en plus comme une expérience totale - biologique, sensorielle et émotionnelle - où s'enracinent les premiers apprentissages, la conscience du lien et l'histoire singulière de chaque être humain.
La formation du cerveau in utero
Le processus de formation du cerveau commence dès les premières semaines de grossesse et continue jusqu'aux alentours des 25 ans. C'est au cours de cette période que les premières connexions neuronales se mettent en place. Il s'agit d'une période cruciale pour le développement futur de l'enfant.
Dès 3 semaines après la fécondation, certaines cellules s'orientent vers des fonctions neuronales et forment le tissu nerveux. Au cours de la 4ème semaine, le tube neural se ferme et la future colonne vertébrale se dessine. Le cerveau et la moelle épinière émergent.
Les futurs neurones commencent à se multiplier très tôt. Leur vitesse de multiplication atteint 5 000 neurones par seconde. Au bout de trois mois de gestation, le cerveau subit une croissance rapide et sa taille est multipliée.
Les fonctions sensorimotrices sont les premières à être fonctionnelles. Les sens commencent à se développer dès la 8ème semaine, avec la sensibilité au toucher ; puis peu après, l'odorat se développe également. Ensuite, place au goût, à l'ouïe et la vue. Le bébé peut alors bouger, entendre, goûter au liquide et ressentir les pressions exercées de l'extérieur. Le fœtus bouge en réaction aux sons environnants dès le début du deuxième trimestre. Les stimulations externes permettent d'améliorer les connexions entre les neurones. Les fonctions cognitives plus avancées, comme la pensée et la mémoire, se développent plus tard.
Les causes de l'infertilité
- Recul de l'âge à la maternité. En 2019, les Françaises avaient leur premier enfant à 29 ans ; contre 24 ans il y a 40 ans. Or la fertilité décline progressivement à partir de 30 ans. On note une ignorance de nombreux couples sur cette réalité, conjuguée avec une confiance excessive dans la performance des techniques d'assistance médicale à la procréation.
- Facteurs environnementaux. Pollution, perturbateurs endoctriniens.
- Modes de vie. Tabac, alcool, cannabis, obésité, sédentarité, troubles de l'alimentation.
- Causes médicales : endométriose, obstruction des trompes, lésion des voies génitales, origine endoctrinienne...
Vivre en corps
Nous vivons à une époque qui cherche à tenir la mort à distance, comme si elle n'existait plus. Pourtant, elle demeure un "commun" entre nous tous, humains, bien qu'elle soit un moment unique et propre à chacun. En imposant son horizon, la mort nous enseigne la valeur unique de la vie. Elle peut même devenir un chemin de dépouillement et de lumière, où chaque souffle rappelle notre humanité partagée.
De même, notre société redoute la grande vieillesse. Et si nous choisissions de la regarder autrement ? Non comme une perte mais comme une étape de maturité, de profondeur et de croissance intérieure. Vieillir, c'est grandir encore : en gratitude, en présence, en amour.
Une société véritablement fraternelle n'aide pas à mourir ; elle aide à vivre, jusqu'au bout. C'est pourquoi une loi qui légaliserait l'euthanasie ou le suicide assisté viendrait rompre ce lien essentiel de solidarité.
Prendre soin des plus vulnérables, des malades et des mourants est sans doute la mesure la plus juste de notre humanité. Soulager la souffrance, accompagner, entourer - voilà un impératif de fraternité. Les soins palliatifs doivent être valorisés et développés : ils permettent d'apaiser la douleur, de préserver la dignité, et d'ajouter selon les mots du professeur Jean Bernard, non pas des jours à la vie, mais de la vie aux jours.
Les défis du grand âge
Le nombre des Français âgés de 75 à 84 ans devrait augmenter d'environ 49% entre 2020 et 2030, passant d'environ 4,1 millions à 6,1 millions.
En 2025, environ 750 000 personnes âgées (60 ans et plus) sont aujourd'hui en situation de "mort sociale".
Mort sociale : Situation d'une personne âgée qui n'a plus ou presque plus de relations sociales significatives - ni familiales, ni amicales, ni de voisinage - et qui vit dans un isolement total du reste de la société.
Taux de suicide en France en 2022 :
- 13,4 pour 100 000 dans la population générale
- 35,2 pour 100 000 chez les personnes de 85 ans et plus.
La mort en commun
La mort, universelle et inévitable, est ce "commun" de l'humanité qui fonde notre fraternité. Conscients de notre finitude, nous sommes transformés par cette connaissance qui nous humanise.
La vie et la mort sont intimement liées. Elles sont notre destin commun, et nous invitent à exercer notre fraternité envers les plus fragiles. Longtemps vécue de près, la mort s'est éloignée avec les progrès médicaux, devenant taboue. Pourtant, s'en souvenir, comme le prônent Epictète ou les memento mori, éclaire la vie et la rend plus juste. Les mourants nous montrent que la vie reste pleine jusqu'au bout, chaque souffle témoignant d'une résistance vitale.
L'approche de la mort invite à la présence, à la tendresse, à la patience : accompagner, c'est consentir à l'imprévisible. Mourir devient alors un chemin de dépouillement, d'accomplissement et de lumière, où la fraternité se vit jusqu'au dernier instant.
Quelques citations
Hannah Arendt : "Les Grecs se préoccupèrent de l'immortalité parce qu'ils avaient conçu une nature immortelle et des dieux immortels environnant de toutes parts les vies individuelles des hommes mortels. Placée au cœur d'un cosmos où tout était immortel, la mortalité fut le sceau de l'existence humaine".
Epictète : « Aïe chaque jour devant les yeux la mort (….) : tu n'auras alors jamais aucune pensée basse ni aucun désir excessif.
Memento mori : "Souviens toi que tu vas mourir".
Confucius ; « Chaque homme a deux vies, et la seconde commence quand il réalise qu'il n'en a qu'une »
Proverbe bulgare : "Les vivants ferment les yeux des morts, les morts ouvrent les yeux des vivants".
Comment ajouter de la vie à l'approche d'une mort ?
Etre là. D'abord, se rendre présent. Une présence de qualité vient d'une attention intérieure, paisible et confiante. La paix intérieure est contagieuse. Dire "je suis là", prendre la main de l'autre...
Etre patient. Ensuite, le patient a besoin de votre patience. A l'heure du contrôle et de l'accélération générale, la mort nous apprend à "consentir à l'imprévisible". On risque de passer à côté de l'essentiel si l'on s'agite, culpabilise ou se révolte, ou encore si l'on se projette dans la situation de l'autre. Ecoutons plutôt celui qui va mourir s'exprimer par son langage corporel ténu. Son heure sera la sienne, pas forcément celle qui m'arrange.
Les cinq mots à se dire avant de mourir
1 - Je t'aime
2 - Je te pardonne
3 - Je te demande pardon
4 - Merci
5 - Adieu
Les 5 étapes du deuil
Chaque étape est unique, mais certaines étapes sont communes. Elles peuvent s'entremêler.
Selon Elisabeth KUBLER-ROSS, psychiatre :
- Le déni
- La colère
- Le marchandage
- La dépression
- L'acceptation
Selon Jean MONBOURQUETTE, prêtre et psychologue :
- Le choc et le déni
- L'expression des émotions. Le deuil est un tsunami émotionnel, pouvant faire passer par la tristesse, la colère, la culpabilité, l'anxiété, la peur, la dépression, et parfois le sentiment de libération.
- Les tâches concrètes reliées au deuil.
- La quête de sens. Une fois les émotions passées, il y a un espace pour regarder la mort avec un peu plus de recul. Quel bilan peut-on faire de cette épreuve ? A t-on découvert de nouvelles ressources en soi ?
- L'échange des pardons. Puisqu'il n'y a pas de relation parfaite, chaque relation humaine porte son lot de blessures. Il est parfois nécessaire de demander pardon au défunt et/ou de lui pardonner ses manquements ou simplement d'être décédé trop vite.
- Le laisser partir. Il peut être difficile de "laisser partir" le défunt. En posant un geste symbolique d'éloignement, on consent peu à peu à poursuivre sa vie sans l'autre.
- L'héritage spirituel. Il s'agit de faire vivre en soi certaines qualités que l'on a admirées chez l'autre. Ainsi, on est en lien avec une présence, qui n'est pas extérieure mais intérieure.
Vieillir tout naturellement
Dans notre société et notre époque, il existe une forme de peur collective de la vieillesse. Pourtant, vieillir est une étape à apprivoiser avec lucidité et sérénité.
Les préjugés brouillent notre regard : on imagine la vieillesse comme dépendance, solitude, pertes... Mais de nombreux faits démentent ces clichés : beaucoup de personnes âgées sont autonomes, aimantes et heureuses. Prendre conscience de nos peurs - perdre la tête, la beauté, l'autonomie - permet de s'y préparer et d'en faire un chemin de croissance. Vieillir, c'est apprendre la lenteur, la gratitude, la joie des souvenirs, la présence au corps et la relation vraie. C'est aussi reconnaître notre interdépendance : nous avons besoin les uns des autres à tout âge. La vieillesse éclaire notre humanité et rappelle que le se sens ultime de la vie se trouve dans l'amour donné et reçu.
Vieillir, c'est s'accomplir.
Quelques citations
Victor HUGO : "Le jeune homme est beau mais le vieillard est grand. Le vieillard, qui revient vers la source première, entre aux jours éternels, et sort des jours changeants ; et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, mais dans l'œil du vieillard on voit de la lumière".
Anonyme : "Vous ne vous arrêtez pas de vous amuser lorsque vous vieillissez, vous vieillissez lorsque vous arrêtez de vous amuser".
Jacques NTEKA BOKOLO : "La vieillesse est le moment de laisser courir le temps, non pas de courir après le temps. Ce qu'elle a de bien, c'est qu'elle rend le temps libre et surtout très précieux".
Faire corps
Le corps humain est bien plus qu'une enveloppe : il est le lieu où s'exprime toute la personne. Je suis mon corps.
En droit français, on dit que le corps est "indisponible". Autrement dit, il ne peut être réduit à un objet, car toucher au corps, c'est toucher à la personne toute entière. Protéger le corps, c'est donc protéger la dignité et la liberté de chacun.
Nous ne sommes pas des êtres isolés. Dès avant notre naissance, nous sommes tissés de liens, plongés dans une interdépendance vitale. Nous faisons corps au sein d'un ensemble plus vaste - un corps social, vivant, en mouvement.
Nous sommes des êtres de relation appelés à prendre soin les uns des autres. Le don et le prélèvement d'organes en sont une illustration puissante : un geste de solidarité qui unit les corps et sauve des vies. Mais comment, entre altruisme et logique utilitariste, préserver l'éthique de cette pratique si essentielle à notre humanité ?
Enfin, dans nos sociétés modernes - stressantes, hyperconnectées, parfois déshumanisantes - une autre fragilité s'installe : celle de l'addiction. Comment se passe ce phénomène qui menace chacun de nous, d'une manière ou d'une autre, et fragilise particulièrement les jeunes et les familles ? Comment comprendre ces blessures pour mieux les prévenir, y répondre et réapprendre à faire corps, ensemble ?
Augmenter l'homme
Le transhumanisme s'appuie sur le constat du développement exponentiel en 4 domaines désignés par l'acronyme NBIC :
- N pour nanotechnologies (robots miniaturisés)
- B pour biologie (à l'échelle de la molécule)
- I pour informatique (puissance de calcul et de stockage de données)
- C pour sciences cognitives (sur le cerveau humain)
"L'idée que nos consciences ne trouvent pas un corps à la hauteur de l'enjeu pour les héberger relève d'une forme de mépris du corps" Tugdual DERVILLE.
Le complexe de Prométhée
Ce nom vient du titan Prométhée, personnage de la mythologie grecque. Il a volé le feu sacré aux dieux pour le donner aux humains : geste héroïque, mais aussi transgression qui lui vaut une punition éternelle.
Le complexe de Prométhée nous pousse à dépasser nos limites, jusqu'à prétendre "rivaliser avec les dieux", en comptant sur la technique ou la connaissance pour transformer le monde... parfois au risque d'y dénaturer l'humanité.
Dans la pensée moderne, ce complexe se traduit par
- une insatisfaction chronique face aux trois limites propres à la nature humaine (un corps mortel, un temps compté, la mort inéluctable).
- une confiance aveugle dans la technique, qui permettrait de tout résoudre et de tout dépasser.
- un rapport de soumission à l'idéologie du progrès : toute limitation éthique à l'usage de la technique est récusée.
- une ambition démesurée, par désir de toute puissance et de maîtrise absolue de la nature.
En se nourrissant des progrès de l'intelligence artificielle, de la génétique ou des biotechnologies, etc., le complexe prométhéen génère le fantasme transhumaniste.
L'ingéniosité humaine est admirable mais elle doit se garder de l'hubris, cette démesure orgueilleuse décrite par les Grecs, car elle nous pousse à des excès qui entrainent notre perte.
Plus nous sommes techniquement puissants, plus nous devons être sages et humbles dans l'usage de cette technique. Autolimitation et consentement à la vulnérabilité sont des valeurs d'humanité.
Quelle limite entre réparer et augmenter le corps ?
Chercher la limite éthique est essentiel : cela exige du débat, de la réflexion et une vigilance constante pour ne pas se laisser entraîner dans une surenchère de transformations qui finirait par nous dénaturer.
Trois critères doivent, à tout moment, être conciliés :
- le respect de mon intégrité
- la préservation de ma liberté et de celle des autres
- ma capacité à rester en relation
Comprendre l'addiction
L'addiction peut toucher tout le monde et repose sur trois éléments : une personne (corps, histoire, fragilités), un produit ou u comportement et un environnement.
Les critères de l'addiction selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS)
On parle d'addiction si 3 signes parmi 6 sont présents pendant un an (6 mois = déjà évocateur) :
- Perte de contrôle
- Tolérance
- Syndrome de sevrage (physique ou psychique)
- Craving : envie irrésistible
- Désinvestissement dans différents domaines de la vie (vie sociale, conjugale, familiale, professionnelle, financière...)
- Poursuite du comportement malgré la conscience des conséquences négatives.
L'image de l'iceberg
Partie visible : les symptômes (consommation, signes physiques, conséquences)
Partie invisible : facteurs personnels sous-jacents. Les patients présentent souvent :
- faible estime de soi
- difficulté à vivre le moment présent
- dysrégulation émotionnelle
- Alexithymie (difficultés à identifier pensées, émotions, sensations corporelles...)
- Intolérance à la détresse (émotions difficiles)
- Pensée en "tout ou rien"
- Tendance au court-termisme
- Parfois des traumatismes
Ces éléments ne causent pas toujours une addiction mais sont fréquemment impliqués.
Le phénomène de tolérance
Nécessité d'augmenter les doses au fur et à mesure du temps, pour obtenir le même effet.
Modèle transthéorique du changement
Théorie du changement du comportement basé sur 7 étapes :
- Pré-contemplation - Le patient ne pense pas avoir de problème. Il n'envisage pas de changer de comportement, dont il ressent essentiellement les bénéfices.
- Contemplation - l'ambivalence commence à se manifester. Le patient envisage un changement de comportement, mais hésite. On parle alors de balance décisionnelle entre les pour et les contre d'un changement.
- Détermination/préparation - Le patient se sent prêt à à démarrer la phase d'action, il détermine des décisions et commence à les mettre en place.
- Action - Le changement est engagé vers des modifications de son style de vie. Les difficultés sont importantes.
- Maintien - A cette phase de consolidation, il convient de rester prudent car les tentations sont nombreuses de retourner au comportement problématique.
- Chute ou rechute - La rechute est possible et fait partie du processus normal du changement. Ce n'est pas une manifestation pathologique mais un temps qui peut être nécessaire à la réussite finale.
- Sortie permanente - Ce stade marque la réussite finale du processus dans lequel la personne consolide le stade de maintien.
Don d'organes : entre altruisme et tentation utilitariste
Le don d'organes, geste profondément altruiste, permet de sauver de nombreuses vies, mais suscite d'importants enjeux éthiques.
La transplantation n'est acceptable que si le donneur a consenti et qu'il est décédé selon des critères cliniques précis.
La pression liée aux besoins de greffons a conduit certains pays à élargir les critères, à adopter le régime de consentement présumé et à utiliser de nouvelles techniques médicales.
Ces pratiques interrogent la frontière entre mort et "mourir", mais aussi les risques de pression sur les décisions de fin de vie, ainsi que l'indispensable séparation entre les équipes de soin et de transplantation.
L'évolution des techniques et l'augmentation des besoins renforcent ainsi la tension entre respect du donneur et tentation utilitariste. Dans les pays où l'euthanasie est autorisée, les risques de pression sur les patients sont déjà là, et fragilisent l'éthique, l'autonomie et la liberté des patients.
3 critères fondamentaux pour l'éthique du don d'organes
- Le consentement
- L'anonymat
- La gratuité
Histoire : 1er don d'organe au 3ème siècle
Une fresque de Fra Angelico représente la greffe d'une jambe au Diacre Giustiniano par Saint Côme et Saint Damien. La jambe de Giustiniano était atteinte d'un cancer. Saint Côme et Saint Damien amputèrent le membre malade et le remplacèrent par celui d'un éthiopien récemment décédé.
Consentement présumé
Nous sommes tous présumés donneurs, sauf si nous avons exprimé notre refus de notre vivant.
Au moment du décès, l'équipe médicale vérifie le registre national des refus. Si la personne ne s'y était pas enregistrée, on vérifie auprès de ses proches qu'elle n'avait pas exprimé son opposition à l'écrit ou à l'oral.
La France, la Belgique et de nombreux pays européens ont opté pour ce régime. L'objectif est d'augmenter le nombre de donneurs potentiels dans un contexte de pénuries d'organes.
Le don d'organes est un geste de grande générosité qui ne peut être imposé, en raison du principe d'autonomie, du respect du corps et du respect des proches.
Dans le soin, le consentement repose sur la confiance et la communication. Certains prônent aujourd'hui un consentement explicite, libre et éclairé pour renforcer la confiance et encourager le don.
Marchandisation du corps humain : Trafic d'organes
La pénurie d'organes a favorisé l'apparition d'un trafic international où les réseaux criminels exploitent des personnes en grande pauvreté, poussées à vendre leurs organes pour des sommes dérisoires tandis que les receveurs paient des montants très élevés. Les donneurs, mal suivis médicalement, voient souvent leur santé se dégrader.
Par ailleurs, en Chine, les prélèvements d'organes sur prisonniers condamnés à mort, pourtant officiellement interdits depuis 2015, continuent malgré tout.
Les principales victimes seraient des Ouighours, des Tibétains, des chrétiens et d'autres prisonniers politiques.
Dons d'organes après euthanasie
Dans un contexte de pénurie, l'euthanasie assortie d'un don d'organes est parfois présentée comme une "mort utile", brouillant la frontière entre provoquer la mort et offrir une chance de vie.
Dans les pays qui autorisent l'euthanasie, le don d'organes après euthanasie se répand.
Les risques de pression et de dérives utilitaristes sont déjà là, fragilisant en particulier les personnes qui pourraient demander l'euthanasie ou le suicide assisté parce qu'elles perçoivent leur vie comme inutile.
L'indisponibilité du corps humain
Quand la loi protège le corps, c'est la personne tout entière qu'elle protège et, avec elle, toute l'humanité.
Le corps humain est inséparable de la personne, c'est la présence charnelle d'un homme oud 'une femme. Malgré sa matérialité, il ne peut jamais être réduit à un seul objet. De même, une personne ne se réduit pas à son seul corps.
Nous savons bien que tout atteinte à l'intégrité physique du corps constitue une atteinte à la personne tout entière. Et puisqu'une personne mérite respect et protection, alors il en est de même pour son corps.
C'est pour cela que le droit français protège la personne en son corps selon 3 grands principes :
- L'inviolabilité, qui protège la personne contre les agressions d'autrui.
- L'indisponibilité, qui la protège contre les pressions qu'elle pourrait exercer contre elle-même.
- La non-patrimonialité, qui la protège contre la pression de l'argent.
Ces principes découlent de la même source : la dignité de la personne humaine.
Quelques citations de Fabrice HADJADJ
"Le corps, c'est ce qui me manifeste aux autres ; avant tout décision de manifestation".
"Avoir un corps et être un corps, c'est toujours être relié à d'autres corps. Je suis intimement lié à toute l'histoire de l'univers".
"Il y a une très grande différence entre l'alimentation d'une machine et la nutrition d'un vivant. La machine, quand elle n'est pas alimentée, elle ne se détruit pas".
"Si je vois mon corps comme un matériau, je ne suis plus dans une logique d'accueil, de don".
"Dans un monde d'hyper technologie, on oscille sans cesse entre des logiques d'hyper contrôle et des logiques de perte totale de contrôle".
"Celui qui est véritablement élevé est celui qui sait élever les autres. Le pouvoir, au sens noble, est précisément un pouvoir qui féconde, qui fait grandir".
"Par définition, plus nous aimons - et plus ce que nous aimons est vulnérable, plus nous avons aussi peur. Mais la peur n'est pas uniquement négative : elle est d'abord ce qui nous pousse à prendre soin, à vouloir prévenir le mal, à protéger. Elle nous met en mouvement. On doit donc apprendre à vivre avec la peur, car elle fait partie de la condition humaine".
"Plus j'ai d'enfants devants lesquels je m'émerveille, plus j'ai le sentiment d'élargir la surface de ma vulnérabilité : l'angoisse, l'inquiétude, mais aussi la douleur peuvent alors grandir. Il suffit qu'un seul de mes enfants soit menacé ou souffre pour que tout vacille. Ainsi, il ne faut jamais oublier que dans cette vite, l'émerveillement et l'angoisse, la joie et le chagrin grandissent ensemble".
"La grandeur de l'art, la grandeur de la pensée, ce sera toujours de magnifier la vie quotidienne, de sublimer les gestes les plus simples.
Source : Université de la vie, Alliance VITA