Le livre des dialogues, Sainte Catherine de Sienne


L'arme de Catherine est la parole, ce verbe toscan qui est un des mieux trempés du monde. 

Si juger pour condamner est le fait des hommes, juger pour mieux aimer est le fait des saints. C'est pourquoi Catherine demande à son Père de punir sur elle les fautes de l'humanité. 

Catherine n'entra jamais dans les ordres. 

L'œuvre littéraire de la Sainte est le miroir de sa vie, partagée entre l'action et la contemplation. 

A tout moment, quelque manifestation du Seigneur venait d'une manière ou d'une autre la consoler. Quelque fois même,  tout en conversant avec d'autres personnes, elle voyait Notre Seigneur et lui parlait avec son âme pendant que la langue du corps continuait de parler aux hommes. 


Introduction

C'est en effet cette prière qui unit l'âme à Dieu, en lui faisant imiter le Christ crucifié. 

Ils sont un autre Moi, puisqu'ils ont perdu et noyé leur propre volonté et qu'ils se sont revêtus de la mienne après s'être unis et conformés. 

L'âme s'unit en Dieu par sentiment d'amour. 

C'est pendant la Communion que l'âme semble plus suavement se serrer contre Dieu et mieux connaître sa vérité (l'âme est alors en Dieu et Dieu dans l'âme comme le poisson est dans la mer et la mer dans le poisson). 

Les œuvres finies sont insuffisantes pour punir ou récompenser si elles ne sont point accompagnés de la volonté d'amour. 

C'est avec le désir de l'âme qu'on expie, c'est à dire avec la contrition sincère et l'horreur du péché.

Saint Paul : "Quand je posséderai un langage angélique, quand je connaitrais les choses futures, quand j'offrirais tous mes biens aux pauvres et mon corps au bucher, si je n'avais pas la charité rien ne servirait".

La faute ne peut être expiée que par une peine supportée avec désir, amour et contrition ; non point grâce au pouvoir de la peine elle-même, mais par le mérite du désir de l'âme.

La souffrance expie la faute en vertu de la parfaite contrition du cœur et non en vertu de sa douleur finie. Pour ceux qui possèdent cette parfaite contrition la souffrance satisfait non seulement à la faute mais même au châtiment qui suit la faute. Pour tous les autres, les souffrances satisfont à la faute : lavés du péché mortel, ils reçoivent la grâce, mais leur contrition et leur amour étant trop imparfaits pour satisfaire au châtiment, ils vont souffrir au purgatoire.

Plus on supporte plus ou prouve qu'on m'aime.
Lorsque l'âme décide de m'aimer, elle doit aussi décider de supporter pour moi toutes les peines, de quelque manière, de quelque nature que je les lui concède.

Chaque vertu s'exerce par le moyen du prochain, ainsi que tout défaut.

En aimant votre prochain, vous devez le secourir spirituellement, par la prière et les conseils, l'aider spirituellement et matériellement selon ses besoins.

Tous les maux proviennent de ce que l'âme est privée d'amour pour moi et pour son prochain.

Un péché peut être actuel ou mental. Mental : il est commis dès que l'on conçoit du plaisir pour le péché et de la haine pour la vertu.

Où s'enfante l'orgueil ? Dans le prochain, uniquement. C'est pour se faire un renom, c'est pour se faire croire meilleur qu'il méprise.

C'est la charité qui donne vie à toute vertu. Aussi l'amour-propre qui prive de la charité et de la dilection pour le prochain est-il principe et fondement de tout mal.

La vertu se puise dans ce feu d'amour qu'on a pour moi.

Après avoir conçu dans un sentiment d'amour la haine du péché et l'amour de la vertu, elle enfante aussitôt celle-ci pour son prochain.

L'amour pour moi et pour le prochain sont une même chose : plus on m'aime plus on l'aime : l'amour pour lui procède de moi-même.

Ne pouvant m'être à moi-même d'aucune utilité, vous devez être utiles à votre prochain.

Edifier son prochain par une bonne, sainte et honnête vie, chacun est tenu de le faire. Il en est toujours une que je donne comme vertu capitale.

Tous ces dons, toutes ces vertus gracieusement données, je ne les ai distribués avec une telle diversité, et non pas tous chez le même, que pour obliger les hommes à user de la charité les uns envers les autres.

Toutes les vertus sont mises à l'épreuve et s'enfantent au moyen du prochain.

Traité de la discrétion

Voici les saintes et douces actions que je demande à mes serviteurs : les vertus intérieures, mises à l'épreuve comme je te l'ai dit, et non pas seulement ces vertus qui ont le corps pour instrument. 

C'est avec discernement qu'elle doit pratiquer les pénitences. Cela veut dire qu'elle doit préférer la vertu à la pénitence. 

Qu'est-ce que la discrétion, en effet, sinon la vraie connaissance que l'âme doit avoir d'elle-même et de moi ? 

Humilité et discrétion

La racine de l'arbre doit être plantée dans la terre de l'humilité, nourrice et gouvernante de la charité sur laquelle est greffé cet arbre rejeton de la discrétion. 

Sans la discrétion, cette âme, tel un voleur, me déroberait l'honneur qui m'est dû et se l'attribuerait à elle-même. 

Les âmes, qui possèdent la discrétion, après avoir payé leur dû, paient ensuite au prochain leur principale dette : celle de la charité et de l'humble et continuelle prière. Dette que chacun doit payer à l'autre : dette d'enseignements, de sainte et honnête vie, dette de conseil et de secours. 

L'amour

Songe que l'âme est un arbre fait pour l'amour et qu'elle ne peut donc vivre que d'amour. Il est donc bien vrai que si l'âme ne possédait point un amour divin, amour pour la parfaite charité, elle ne saurait produire un fruit de vie mais un fruit de mort. Il faut donc que la racine de cet arbre, c'est à dire la volonté, plonge dans la connaissance de soi-même car c'est précisément par cette connaissance de soi-même qu'elle est unie en moi qui suis sans fin et sans commencement comme le cercle. 

Je veux la vaillante endurance, la patience et toutes ces vertus intérieures, agissantes et productrices de grâce. 

Mais moi je suis infini, je demande donc des actions infinies c'est à dire un infini désir d'amour...

Mais si votre volonté doit être complètement morte, noyée, soumise à ma volonté, sache qu'on la tue avec cette dette dont je t'ai parlé et dont la discrétion s'acquitte envers l'âme : la haine et le dégoût pour le péché et la sensualité. 

Il n'est pas permis d'accomplir un acte de vertu ou d'utilité envers son prochain en commettant un péché. 

Il y a sainte discrétion, et celle-ci est bien ordonnée, quand l'âme dirige, courageusement et avec grande sollicitude, toutes ses puissances pour mon propre service, quand elle aime son prochain avec une volonté d'amour qui lui ferait sacrifier sa propre vie... Quant aux biens temporels elle les emploie pour secourir matériellement son prochain. 

Quand la perfection n'est pas dans l'âme, tout ce qui est fait, pour elle et pour les autres, est imparfait. Il ne serait pas convenable que pour sauver des créatures, finies et créées par moi, on m'offensât, moi le bien infini. 

La souffrance qu'endure une créature pendant qu'elle habite un corps mortel n'est pas suffisante pour satisfaire à la fois la faute et le châtiment, si elle n'est pas unie à moi par amour, par véritable contrition et par dégoût du péché. 

Vous étiez mon image, je suis devenu la vôtre en prenant forme humaine. 

C'est pourquoi, je t'en prie, divine, éternelle charité : venge toi sur moi et pardonne à ton peuple. Je ne m'ôterai point de devant tes yeux que je ne t'aie vu leur faire miséricorde. Que m'importerait d'avoir moi-même la vie éternelle si ton peuple n'avait que la mort ... ?

L'incarnation

L'amour. Toi, Dieu, tu t'es fait homme et l'homme est devenu Dieu. Par cet ineffable amour, je t'en prie, je t'en conjure : miséricorde pour tes créatures !

Je dis, donc que le sang nuit à celui qui le reçoit indignement... à cause des mauvaises dispositions de celui qui le reçoit, ou dont le corps et l'esprit sont souillés par toutes les misères, par toutes les impuretés, par toute la cruauté qu'il a exercées contre lui-même et contre son prochain. 

Voilà pourquoi, moi la grandeur, je me suis uni à la petitesse de votre humanité, pour porter remède à la corruption et à la mort du genre humain, pour le rétablir dans la grâce perdue par le péché.

C'est ainsi que la nature humaine unie à la nature divine devint capable d'expier pour le genre humain tout entier.

Cette nature une fois unie à l'autre je reçus et j'agréai le sacrifice du sang de mon Fils mêlé et tout pétri dans sa nature divine par le feu de ma divine charité qui fut ce lien qui le tint cloué et rivé sur la croix.

Seule demeurera la cicatrice du péché originel que vous contractez dès que vous êtes conçus par vos parents. Mais cette cicatrice disparait de l'âme, imparfaitement toutefois, par le saint baptême qui a le pouvoir de vous donner la grâce par les mérites de ce précieux sang.

Cette inclination au péché, cette cicatrice devient alors moins apparente et si elle le veut l'âme peut l'effacer. C'est alors que la coupe de l'âme est prête à recevoir la grâce et l'accroître. Plus ou moins, selon qu'il lui plaira d'avoir plus ou moins de volonté pour se disposer, avec amour et désir, à m'aimer et à me servir.

Il était grandement mon obligé, l'homme, à cause de l'être que je lui avais donné en le créant à mon image et ressemblance. Méprisant l'obédience que je lui avais imposée, il devint mon ennemi. Mais, moi, avec mon humilité, j'ai détruit ma superbe, j'ai humilié ma nature divine en me revêtant de votre humanité.

En vous arrachant à la servitude du démon, je vous ai faits libre. Mais n'ai je pas fait plus que vous rendre libre ? L'homme est devenu Dieu et Dieu est devenu homme, par l'union de la nature divine avec la nature humaine. C'est là une dette que l'homme a contractée : il a reçu le trésor du sang par lequel il a été rendu à la grâce. Tu vois donc combien il est plus grandement obligé envers moi après la rédemption qu'avant.

La faute est punie plus sévèrement après la rédemption du sang qu'avant, parce que l'homme a reçu davantage. Il y a un remède, et il peut apaiser ma colère : il y a mes serviteurs, s'ils sont assez zélés pour me contraindre avec leurs larmes et pour me lier avec le lien de leur désir. Si je donne à mes serviteurs cette faim et ce désir de mon honneur et du salut des âmes, c'est pour que, contraint par leurs larmes, j'apaise la fureur de ma divine justice.

Avec leur amour propre, les hommes ont empoisonné le monde entier parce que, de même que l'amour pour moi contient en lui-même toutes les vertus (ces vertus qui s'enfantent dans le prochain), de même l'amour propre (parce qu'il procède de l'orgueil alors que le mien procède de la charité) contient en lui-même tout le mal.

C'est pourquoi je t'ai dit que ce sont les larmes de mes serviteurs qui calmeraient ma colère. Approchez donc, ô mes serviteurs, offrez moi vos prières, vos désirs brulants et toute cette douleur que vous ressentez pour les offenses qui me sont faites et pour la perte de votre prochain. C'est ainsi que vous apaiserez ma colère, que vous atténuerez mon divin jugement.

Mais nul ne peut sortir de moi : ou bien il y est pour expier ses fautes, ou bien il y est par miséricorde.

Ainsi éperonnée par le saint désir, cette âme s'élevait encore davantage, l'œil de l'intelligence bien ouvert, et elle se mirait dans la divine charité où elle voyait et savourait combien nous devons aimer et rechercher la gloire et les louanges de Dieu en travaillant au salut des âmes.

Puisque c'est mon honneur dans la sainte Eglise que vous voulez voir, vous devez concevoir l'amour de souffrir avec patience.

Un pont, mon Fils unique

J'ai fait de mon Fils unique un pont afin que vous puissiez tous atteindre votre but et recevoir la récompense de toutes les peines que vous aurez endurées pour l'amour de moi.

Vois donc tout ce que la créature me doit et combien elle se monstre rustre puisqu'elle veut quand même se noyer et ne pas utiliser le secours que je lui ai offert moi-même.

Je veux que tu regardes tout d'abord ce pont qu'est mon Fils unique. Vois sa grandeur : il touche le ciel d'un côté et la terre de l'autre. Ce que tu vois est donc la grandeur de la déité unie à la terre de votre humanité. C'est pourquoi je dis qu'il remplit l'espace depuis le ciel jusqu'à la terre, grâce à l'union que j'ai consommée dans l'homme.

Il faut d'abord que vous ayez la contrition, le dégoût du péché et l'amour de la vertu.

Les vrais ouvriers travaillent bien leur âme : ils en arrachent tout amour propre et retournent la terre de leur amour pour moi. En travaillant leur vigne, ils travaillent celle de leur prochain. 

Qu'est-ce donc qui te pousse à nous faire si grande miséricorde ? L'amour. 

La voie du pont est si délicieuse pour ceux qui la suivent que tout amertume devient douceur et que tout grand poids devient léger. Bien qu'enfermés dans les ténèbres du corps, ils trouvent la lumière, bien que mortels, ils trouvent la vie immortelle parce qu'ils goutent dans leur désir d'amour, et avec la lumière de la foi, la vérité éternelle qui a promis de récompenser ceux qui se dépensent pour moi, car je sais apprécier et être reconnaissant. 

Ascension

Mon Fils ainsi élevé et revenu vers moi, son Père, j'envoyai le Saint-Esprit, qui vint vers vous avec ma puissance, avec la sagesse de mon Fils et avec sa propre clémence. Comme il n'est qu'une seule chose avec moi et avec mon fils, il consolida la voie de la doctrine que ma vérité avait laissée au monde.

La voie de sa doctrine est confirmée par les Apôtres, affirmée par le sang des martyrs, illuminée par la lumière des docteurs, proclamée par les confesseurs, rapportée par les évangélistes, tous témoins qui confessent la vérité dans le corps mystique de la sainte église.

Le Saint Esprit ne vient jamais seul, mais il vient avec la puissance du Père, la sagesse du Fils et avec sa propre clémence. Il est revenu, non point visiblement, mais avec ma puissance afin d'affermir la voie de la doctrine qui est une route qui ne peut ni s'écroulée ni demeurée fermée à celui qui veut la suivre. C'est remplis de courage que vous devez poursuivre cette route sans qu'aucun nuage d'amour propre ne vous aveugle mais avec la lumière de la foi qui vous a été donnée comme principale armure lors de votre baptême.

Ta miséricorde

C'est dans ta miséricorde que nous avons été créés, dans ta miséricorde que nous avons été recréés dans le sang de ton Fils. Ta miséricorde donne vie

C'est ta miséricorde qui t'a poussé à donner à l'homme davantage encore puisque tu t'es laissé toi-même en nourriture afin que, faibles que nous sommes, nous acquerrions la force, et nous ne perdions pas, par notre ignorance, le souvenir de tes bienfaits.

Les vices

L'âme qui passent par le fleuve, sous le pont, est appelée par Dieu arbre de mort enraciné dans des vices : 

- l'avarice

Ce vice nait de l'orgueil et nourrit l'orgueil. Cette racine nourrit de nombreuses branches dont la principale est celle de l'ambition qui engendre la volonté d'être toujours plus que son prochain.

Comment les hommes avares donneraient t'ils leur vie pour le salut des hommes quand ils ne peuvent donner leurs richesses ?

- L'injustice

Tels des aveugles, ils commirent une injustice en le persécutant de leurs outrages jusqu'à la mort sur la Croix. C'est ainsi que ces puissants sont injustes envers eux-mêmes, envers moi et envers leur prochain, quand ils revendent la chair de leurs sujets et de tous ceux qui leur tombent sous la main. 

- Le faux jugement

C'est à travers le faux jugement, c'est empoisonnés par l'envie et l'orgueil qu'ils jugement toutes les actions de mon fils. C'est ainsi que vivant dans l'amour propre, dans l'iniquité, dans l'orgueil, dans l'avarice, dans l'envie, sans discrétion, pleins d'impatience et de mauvaises actions, ils se scandalisent sans cesse de moi et de mes serviteurs qu'ils jugeaient hypocrites. 

On devient ce que l'on sert.

J'en ai fait moi même un serviteur pour qu'il vous libérât de la servitude : je lui ai imposé l'obéissance pour qu'il consumât la désobéissance d'Adam, j'ai soumis cet humble à la mort de la croix pour qu'il confondit l'orgueil. Par sa mort, il a détruit tous les vices. Tout est mis en œuvre pour sauver les hommes de la mort éternelle, mais voilà qu'ils méprisent le sang et qu'ils le piétinent avec leur amour désordonné. 

1ère accusation : condamnation continuelle

L'Esprit Saint, qui ne fait qu'un avec moi et avec mon Fils, condamna alors le monde par la bouche des disciples qui répandaient ma vérité. Telle est l'accusation incessante que je porte contre le monde au moyen des saintes écritures et au moyen de mes serviteurs, à cause de mon grand amour du salut des âmes. 

Ma puissance n'a pas diminué et ne peut être diminuée, c'est pourquoi je puis, je veux et je sais secourir ceux qui veulent être secourus par moi : c'est quand il quitte le fleuve pour le pont que l'homme veut être sauvé par moi. 

2ème accusation : au seuil de la mort

C'est à ce moment que le ver de la conscience constatant qu'il ne peut s'échapper de mes mains, commence à voir plus clair et c'est pourquoi il se ronge lui-même, en se blâmant et en comprenant que c'est par sa propre faute qu'il est tombé dans un si grand mal. 

Si cette âme possède la lumière pour connaître et regretter sa faute, non point à cause de l'enfer qui l'attend, mais parce qu'elle m'offense, moi, la suprême et éternelle bonté, elle pourrait encore ma miséricorde. 

Voilà le péché impardonnable, dans ce monde et dans l'autre. C'est celui de l'homme qui, en méprisant ma miséricorde, n'a pas voulu être pardonné. 

3 vices principaux

- L'amour de soi

- Le désir d'être considéré

- L'orgueil avec son cortège de faux jugements

4 principaux tourments en enfer

- La privation de ma vision


Source : Louis-Paul GUIGUES