La vie de Sainte Thérèse d'Avila
"Toutes choses de Dieu me donnaient grand contentement, mais celles du monde me tenaient attachée".
Ses frères s'étonnaient qu'elle eut, si jeune, tant de passion pour la guerre et la gloire.
Fini les histoires guerrières dans la maison des Cepeda : avec son frère Rodrigo, son aîné de quatre ans, Teresita lit maintenant la Vie des Saints. Elle ne rêve plus d'être Jimena Blasquez mais Sainte Catherine. Car les martyrs surtout l'exaltaient, et le sang versé par Saint André, Saint Sébastien, sainte Ursule et ses compagnes les onze mille vierges, se confondait pour elle avec leur auréole.
Le dimanche, en la paroisse de San Juan, elle entendait tonner les prédicateurs contre les hérétiques dont les écrits commençaient à se propager en Espagne, mais peut-être plus encore contre la tiédeur des chrétiens ; l'image des damnés se tordant dans les flammes éternelles la poursuivait jusque dans son sommeil.
Teresita estimait que le martyre "achetait à bon marché" la présence de Dieu ; non qu'elle aimât DIeu, mais elle souhaitait jouir des biens célestes que la Vie des Saints lui avait révélés.
Les images réalistes de l'art sacré lui montraient bien, dans toute leur horreur, les supplices, mais cela ne faisait qu'exaltait son imagination. Souffrance vive, mais courte, en échange de la gloire éternelle.
La gloire (1515-1528)
Il lui sembla en ce temps qu'elle aimerait à être religieuse, mais moins que les choses précédentes, moins que vierge et martyre, ou solitaire du désert : la claustration ne contentait pas son goût du merveilleux.
Les romans de chevalerie : ces histoires "sont pièges que tend le démon aux tendres sentiments des damoiselles et des garçons frivoles". Ces lectures faisaient elles autre chose que de la divertir, au cours de longues maladies, ou après une journée consacrée au ménage et aux enfants ? En était-elle moins pieuse, de manière moins austères ? Négligeait elle ses devoirs ? Certes non ! D'ailleurs, les arguments ne faisaient point défaut, qui montraient ces livres d'imagination comme "très nécessaires pour exalter les courages à l'exercice des armes, et pousser les esprits virils à imiter les actes des anciens.. Les vertus et la gloire y fleurissent...".
Comme la Gloire, l'Amour n'a-t-il de prix qu'à condition d'être "pour toujours" ? Cette pensée préoccupe parfois Teresa, qui grandit.
Doña Beatriz, la mère de Teresa, tomba malade. C'est à peine si elle pouvait se trainer, aux heures où le soleil était encore bon, jusqu'aux colombiers qu'elle aimait tant. Teresa la soutenait et ne s'effrayait pas qu'elle fut si légère. Le 24 novembre 1528, elle écrivit le testament d'une âme sereine : "Je remets mon âme au Dieu tout-Puissant qui l'a créée et rachetée de son Précieux Sang. Je remets mon corps à la terre de laquelle il l'a formé...".
D'un cœur toujours naïf, mais déjà affligé, avec des larmes, elle supplia la Vierge Marie de lui servir de Mère.
L'amour (1528-1531)
Les romans de chevalerie la passionnaient toujours.
Ces idylles n'étaient point chastes : les très nobles damoiselles se glissaient sans façon, et illégitimement, dans le lit des chevaliers. Primait, dans ces récits, l'exaltation de l'esprit chevaleresque. Teresa était trop sensée pour croire à la réalité de faits extravagants, mais le sens de la grandeur, celui de l'honneur, l'amour de la gloire, tout cela était vrai, l'essence des traditions de son pays. Teresa n'avait pas peur mais elle n'eut pas admis d'être montrée du doigt, ni épousée par devoir. Si elle eut à se défendre d'entreprises audacieuses, elle le fit par un double instinct de pureté : celui de son corps et celui de sa renommée. On oublie trop que si l'attrait sexuel est un instinct naturel, l'effroi d'une fille vierge devant les exigences de l'homme est tout aussi instinctif.
Depuis deux mois, elle allait de fête en fête, et c'est le 26 juillet que Don Felipe devait recevoir "l'habit de galant". Qu'advint il ? Le 13, Don Alonso enfermait Teresa au couvent. Dona Teresa avait 16 ans et 4 mois lorsqu'elle fut ainsi conduite au couvent des Augustines de Notre-Dame de Grâce.
"Pendant les premiers jours, je fus fort affligée ; mais j'étais déjà lasse des vanités, je n'offensais Dieu qu'avec crainte, et je m'efforçais de m'en confesser le plus tôt possible".
L'idée d'être religieuse ne la traversait point, elle lui était même "extrêmement ennemie" mais elle se réjouissait de vivre en un milieu où la sagesse et la piété étaient aimables.
Le Seigneur, qui la voulait sienne, lui enleva cet amour, et lui donna le désir de tout quitter. Elle n'était à l'époque poussée que par le désir de se sauver, et de chercher le meilleur moyen d'y parvenir ; il lui semblait qu'enfoncée dans le monde elle oublierait de s'efforcer d'obtenir ce qui est éternel.
Cette flamme si humaine que le Seigneur éteint avant de s'emparer d'un cœur trop récemment déçu, n'est-ce point là ce que vécut Teresa aux environs de sa seizième année ?
Le premier coup de heurtoir (1531-1533)
Maria de Briceno lui fit à son tour des confidences : "Elle me conta comme elle en était venue à se faire religieuse après avoir lu ce que dit l'Evangile : Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus, et me parla de la récompense qu'accorde le Seigneur à ceux qui quittent tout pour lui".
Mais son orgueil allait être mis à l'épreuve. Elle avait toujours été la plus belle, la plus aimée...on vantait son goût, son intelligence, son esprit. Pour la première fois à Notre Dame de Grâce, elle éprouvera douloureusement qu'une forme de sensibilité lui manquait ; une grandeur, une perfection lui échappaient : "Si je voyais l'une de mes compagnes en venir aux larmes dans la prière, ou quelque autre vertu, je l'enviais beaucoup ; car mon cœur était si dur que j'aurai pu lire la Passion tout entière sans verser un pleur : et cela m'affligeait".
Elle s'étonne de trouver dans une humiliation un enivrement : c'est qu'elle a découvert, cette âme aventureuse, un monde illimité, plus vaste et plus riche que les terres de l'outre-mer, plus dur à conquérir : son monde intérieur. En Teresa, ce point sensible était touché : elle savait que l'amour de l'homme, l'amour pour l'homme, ne dure pas "toujours, toujours".
Dans ces conditions, elle hésitait à se marier. Et déjà elle songeait qu'elle se déciderait peut être à prendre le voile, mais sans renoncer totalement au monde : jamais elle n'entrerait, par exemple, à Notre Dame de Grâce, où douze religieuses observaient l'abstinence, le silence, la mortification.
Si elle n'avait pas eu le malheur de naître femme, elle n'eut pas hésité à opter pour l'état religieux, car il lui eut été licite d'aller évangéliser ces pauvres gens. Ce qui l'inquiétait encore dans la vie monastique, c'était cette porte close "pour toujours", l'angoisse de se dire que le seul fait de renoncer à vivre lui causerait peut-être une telle amertume qu'elle perdrait aussi le ciel.
Teresa ne trouva pas à Castellanos la preuve qu'elle obtiendrait le bonheur dans le mariage, à défaut de perfection spirituelle. Allait-elle désormais ne plus se plaire nulle part, voir en tout quelque chose de vain ? Elle s'en voulait un peu de n'être pas entièrement satisfaite. Nulle joie terrestre ne pouvait donc durer toujours ; seule semblait devoir être éternel le remords d'avoir fait erreur. Elle songeait à la joie de la terre, arrosée, s'effrayait en même temps de l'aridité de son âme, mais se rappelait que Jésus est un "bon jardinier".
Un mariage de raison (1533-1536)
Tout n'est rien, le monde est vanité, la vie est brève ; je me mis à craindre d'aller en enfer si je mourais, et bien que je ne fusse pas encore encline à me faire religieuse, je vis que c'était l'état le meilleure et le plus sûr ; ainsi peu à peu, je me décidais de me contraindre à entrer au couvent.
Elle sait désormais que sentiments, désirs, goût, attitudes, ce qui parait être notre caractère et qui n'est qu'un ensemble de tendances que l'exercice et l'habitude peuvent vaincre, ou développer, sont soumis au contrôle de la volonté. Dieu a crée l'homme libre de choisir la perfection. Ce qu'il veut, c'est cette décision. Pour tout faire lui-même, il n'attend que notre décision. Le Seigneur aide ceux qui décident à servir pour sa gloire.
Tout est déjà fait lorsqu'une âme décide de faire oraison.
En 1533, elle n'avait pas encore l'amour mais elle savait que ce n'était pas dans le monde qu'elle le trouverait.
Elle argumentait avec elle-même :
Pour : "Les efforts et les peines qu'exigerait de moi la vie dans un couvent ne seraient pas pires que le purgatoire, alors que j'avais bien mérité l'enfer ; vivre, comme en purgatoire, les années que j'avais à vivre n'était que peu de chose, puisque après, ainsi que je le désirais, j'irais droit au ciel".
Contre : "Le démon me soufflé qu'accoutumée comme je l'étais au bien être, je ne pourrai pas endurer les contraintes de la vie dans un ordre religieux".
Pour : "Je lui opposais les souffrances du Christ ; c'était peu de chose que d'en subir pour lui quelques unes ; il m'aiderait à les supporter".
Elle se lassa enfin de ses tergiversations et décida de brusquer son incertitude : elle ferait part à son père de sa volonté de se faire religieuse : "C'était pour moi comme prendre l'habit ; mon sentiment de l'honneur était tel que j'étais sûre de ne reculer pour rien au monde, une fois que je lui aurai parlé".
Lui qui s'était engagé par contrat à donner tous les ans des fanègues de blé pour les pauvres persista à refuser à Dieu sa fille bien-aimée.
Car le monde qu'elle voulait fuir l'enivrait encore, par instants ; elle cherchait toujours à plaire, il lui arrivait de croire à l'ardeur d'un regard, et de se dire soudain que peut-être celui-là saurait aimer "toujours".
Elle savait maintenant, après son expérience à Notre Dame de Grâce, qu'une fois au couvent elle ne regretterait rien ; à l'abri des "occasions", elle accomplirait strictement, méthodiquement, avec toute la patience nécessaire le lent travail de sa métamorphose.
Je ne crois pas que je souffrirai davantage en mourant que lorsque je suis sortie de la maison de mon père ; on eut dit chacun de mes os se séparait des autres ; je n'éprouvais pas cet amour de Dieu qui anéantit l'amour pour le père et les parents, je n'agissais qu'à force de me dominer ; si le Seigneur ne m'étais pas venj en aide, mes considérations n'eussent point suffi à me faire aller de l'avant. Il me donna le courage de me vaincre.
La gloire et l'amour (2 novembre 1536 à fin 1537)
Sainte, elle l'est devenue à force de volonté, et avec la grâce de Dieu. Ce devenir, cette lente et coûteuse transfiguration, font de son existence un témoignage exemplaire.
En disant adieu à Antonio devant le monastère, elle se détacha de sa famille terrestre : lorsque la porte de clôture s'ouvrit avec de profonds grincements de serrures et de verrous et retomba sur elle, persuadée que tout n'est rien, elle admit résolument que Dieu est tout.
Teresa pleurait ; non le monde mais ses péchés ; non ce qu'elle quittait, mais ce qu'elle ne pouvait fuir, n'ayant point expié : la peur du purgatoire et celle de l'enfer.
"Dieu transforma en immense tendresse la sécheresse de mon âme. Toutes les choses de l'Ordre m'étaient un délice ; il est vrai que j'étais parfois en train de balayer aux heures vouées naguère aux plaisirs, à la parure, mais lorsque je constatais soudain que j'étais désormais libre de tout cela, une nouvelle allégresse me prenait, si vive que je m'en émerveillais, sans en connaître la cause".
Cette fille de vingt ans avait jeté sur la vie un regard si sagace, elle avait fait si vivement le tour des êtres et des choses qu'elle exultait d'en être affranchie.
Au premier contact avec la vie monastique, Teresa prit donc conscience de l'efficacité de ce qu'elle appellera "l'acte héroïque" : "Lorsque je me rappelle tout cela, il n'est chose grave que j'hésite à entreprendre. L'expérience m'a prouvé que si je me contrains à décider de faire, pour Dieu, un acte qui parait effrayant, la récompense sera d'autant plus savoureuse que la frayeur aura été plus grande.
Elle put croire avoir tout accompli en quittant le monde et les siens, et n'avoir désormais plus rien à combattre ; elle découvrit alors que la paix dont elle jouissait était celle d'une femme qui se couche tranquille, après avoir verrouillé ses portes contre les voleurs : mais elle les a enfermés dans la maison : "Où nous sommes nous-mêmes, il n'est pires voleurs".
Qui donc lui fit entendre qu'il n'est pas de progrès dans la vie spirituelle tant que nous n'aimons pas notre prochain plus que nous même ?
Prise de fièvres et de grandes douleurs, elle demandait à Dieu la grâce de souffrir pour lui, de mater par la souffrance cette chair d'autant plus exigeante qu'elle était plus fragile. Elle se répétait : "Nous venons ici mourir pour le Christ, et non pas nous dorloter pour le Christ".
Vivre lui semblait maintenant si ardu qu'il lui arrivait de ressasser le raisonnement de son enfance : le Martyre est sans doute le moyen le meilleur de gagner le ciel.
Devant la grille ouverte sur l'église, elle se prosterna, touchant du front les dalles.
- Que demandez-vous ?
- Je demande la miséricorde de Dieu et la compagnie de mes soeurs en clôture perpétuelle.
Elle répondait à celles qui la conjuraient de prendre garde :
- Qu'importe mourir ? Si nous ne décidons d'avaler d'un seul coup la maladie, la mort, jamais nous ne ferons rien. Il importe de prendre cette décision. Ainsi, petit à petit, nous dominerons ce corps.
Son endurance à la douleur était telle que ses sœurs murmuraient : "Dieu l'habite...".
Seigneur, je n'en voudrais pas tant (1538-1540)
Elle tenait la maladie pour une épreuve ou un châtiment. Le châtiment, elle ne l'avait pas mérité, mais l'épreuve, elle avait supplié Dieu de la lui infliger.
Les colères qu'elle prit contre elle-même, les pénitences qu'elle s'imposa, l'acharnement qu'elle mit à se vaincre, les crises de dépression au cours desquelles "la plus petite chose lui causait de grands tourments", l'excès des jeunes, des veilles, et enfin l'appel à grand cris de la souffrance expiatrice provoquèrent la seconde crise : la maladie est rarement refusée à qui dispose à la recevoir.
Il eut fallu traiter cet esprit tourmenté comme on traite aujourd'hui les anxieux, qui parviennent, par fixation de leur angoisse, à se donner les symptômes des maladies les plus diverses.
Elle expliqua qu'elle récitait ses prières à voix haute : l'oraison vocale était pour elle le seul moyen de fixer son attention. Et même ainsi, il lui arrivait de se laisser distraire au cours de longues patenôtres. Pourtant son cœur ne restait plus sec devant la croix : Dieu lui avait fait le "don des larmes".
- Seule compte l'oraison. Je dis l'oraison mentale, le recueillement.
Voici un traité du recueillement : le troisième abécédaire.
Teresa ouvrit au hasard :
L'oraison vocale, ainsi que tu l'as vu, est une pétition que nous adressons à Dieu pour lui demander ce qui nous est nécessaire...
La seconde forme d'oraison, c'est, sans prononcer vocalement les paroles, laisser notre cœur seul parler en nous à notre Seigneur...
La troisième, mentale ou spirituelle, par laquelle le plus haut de notre âme s'élève vers Dieu de la façon la plus pure et la plus affectueuse sur les ailes du désir, soutenues par l'amour...
Le recueillement consiste à n'admettre aucune chose créée dans son cœur.
Débarrasse ton cœur, vide le de toute créature. Tout aimer, mais en Dieu et par Dieu.
C'est ainsi que Teresa allait s'initier au recueillement et à l'oraison dans un livre.
C'est ainsi que cette grande malade subissait à la fois une cure sévère, des douleurs lancinantes, tout en guerroyant à la conquête de l'Esprit.
A cette époque là, elle était persuadée que les péchés mortels ont seuls de l'importance ; lorsqu'elle lisait dans Osuna qu' il est tout aussi essentiel de se préserver des véniels, elle passait outre, une telle vigilance lui semblait impossible. Elle ignorait encore qu'il n'y a pas de petites offenses en amour.
Trois mois encore elle fut dans un état tel qu'il paraissait impossible qu'on puisse résister à tant de souffrances conjurées : des pieds à la tête, tout lui faisait mal. Elle maintenait son courage en se répétant les mots du Job de Saint Grégoire : "Nous recevons les biens de la main du Seigneur : pourquoi pas les épreuves ?
".Pendant trois ans, à l'infirmerie, Teresa de Ahumada, totalement paralysée, fut à son tour la grande malade que ses sœurs avides d'acte charitables se disputaient l'honneur de soigner. Son endurance émerveillait le couvent, ses plaintes mêmes avaient l'accent de la louange et de l'amour : Oh Seigneur ! Je n'en voudrais pas tant !
Mise à l'épreuve, elle s'était jaugée et connaissait maintenant la limite de ses forces, s'avouait brisée par les exigences de son cœur dur, dur non pour les autres, mais pour elle, contre elle.
Teresa de Ahumada (1540-1553)
Toute sa vie, elle saura embellir le moindre don qui lui sera fait par son art de remercier ; elle saura donner, féliciter, compatir, faire plaisir.
Au sortir de sa longue et grave maladie, ou plus exactement de sa longue crise, car elle restera malade toute sa vie, elle avait éprouvé à renaître un plaisir bien naturel. L'agrément qu'elle trouva dans les amitiés, les conversations, les distractions qui s'ensuivirent au cours de ses exercices spirituels, de longues périodes de sécheresse, le fait qu'elle attendit parfois avec impatience le tintement qui annonçait la fin des offices, contrastaient si fort avec son idéal de ferveur qu'elle se crut perdue au point de ne plus oser regarder Dieu en face.
Elles la voyaient rechercher parfois la solitude, se garder de médire et de désobéir, exacte aux offices, recueillie dans la prière, elles l'entendaient parler de Dieu avec une exceptionnelle éloquence.
Pour elle, là n'était pas la question : qu'était-il advenu des actes héroïques ? De l'élan vers la sainteté ?
On s'émerveillait de voir la sollicitude dont ils l'entouraient tous deux, Dieu et le diable. Car la pensée des délices divines affadissait le plaisir qu'elle trouvait en ses vives amitiés, et lorsqu'elle s'isolait avec Dieu, le souvenir de ses vives amitiés s'accrochait à sa mémoire.
C'est ainsi que luttait encore 7 ans après son entrée au couvent, "cette âme qui est si souvent détruite".Elle était désormais appuyée à cette forte colonne qu'est l'oraison.
La route royale
Le Christ couvert de plaies
Teresa vit un buste, un Ecce Homo : il représentait de si édifiante façon un Christ couvert de plaies que dès le premier regard je fus troublée du sentiment de ses souffrances pour nous. Mon coeur se brisa de remords en songeant à mon ingratitude pour ces plaies.
Jusqu'alors, il s'est agi de ma vie. Maintenant, Dieu vit en moi.
Elle dit le sentiment de la présence de Dieu qui se saisissait d'elle si vivement qu'elle ne pouvait douter que Dieu était en elle, et elle "engouffrée" en lui.
Que celui qui a des oreilles entende, et sache qu'en cette absence de pensées est compris un vaste monde qui inclut la contemplation parfaite et contient tout ce qui est, si bien qu'en sa présence le reste n'est rien : en tant que rien, on n'a donc pas à y penser.
Doña Guiomar de Ulloa
Elle entendit la voix du Seigneur :"Je ne veux plus désormais que tu parles avec ded hommes, mais avec les anges".
Le vent tourna soudain, et l'Inquisition aidant, tout effet sensible de l'amour de Dieu devint suspect : on vit le diable partout où l'on avait cru voir le Seigneur.
Le ciel et l'enfer
Je ressentais si impétueusement cet amour que je ne savais plus que devenir, rien ne me satisfaisait plus, je ne tenais plus en moi, on eut dit qu'on m'arrachait l'âme.
Dieu ! Le diable ! Dieu ! Le diable ! Le diable ! Le diable ! "Il y avait de quoi me faire perdre la tête".
Fray Pedro de Alcantara
Teresa va prouver au monde que la contemplation est le plus puissant des leviers de l'action.
Les malheurs du Royaume de France
A l'Incarnation, plus de quarante religieuses la suivent dans les voies d'oraison et imitent ses vertus. Ses vertus et non pas ses états extatiques : elle s'efforce de persuader ses sœurs qu'on gagne le ciel par l'obéissance et l'oubli de soi mieux que par le désir des grâces surnaturelles : ravissements et extases prouvent la bonté de Dieu, et non pas nos perfections.
Solitude égale silence, silence égale concentration, concentration égale puissance. Puissance pour l'amour, puissance pour le bonheur. Non dans son propre intérêt mais pour le monde. L'éveil en elle du besoin d'action se manifeste sous la forme du désir d'apostolat.
Un sentiment nouveau s'exalte en Teresa : elle a pitié des hommes. En particulier du Royaume de France. "En ce temps là, j'eus connaissance des malheurs de la France et du mal qu'y avaient fait ces Luthériens.
Le complot de Saint Joseph
Teresa : Seigneur, n'y a t-il pas d'autres gens, en particulier des hommes qui, si vous leur parliez, ferez ce que vous demandez beaucoup mieux que je ne puis le faire, moi qui ne vaux rien ?
Elle n'a pas trouvé parmi les saints revenus au Seigneur après avoir péché un seul exemple qui puisse la consoler. "Après l'appel de Dieu, ils ne l'ont plus offensé, alors que non seulement je redevenais pire qu'auparavant mais on eut dit que je m'appliquais à résister aux grâces de Sa Majesté".
Dona Luisa de la Cerda
"Tout n'est que sujétion pour ces personnes là, et c'est l'un des plus grands mensonges du monde que d'appeler seigneurs ceux qui ne sont que les esclaves de milles choses".
"Il me semble que j'ai plus qu'autrefois pitié des pauvres, je les plains grandement, mon désir de les secourir est tel que si je m'écoutais je leur donnerai l'habit que je porte. Ils ne me répugnent point, bien que je m'approche d'eux, que je les touche même : je vois que cela aussi est un don de Dieu, car je faisais l'aumône pour l'amour de lui, sans éprouver de pitié naturelle".
Je loue la pauvreté patiemment soufferte pour l'amour du Christ, et plus encore la pauvreté qui est désirée, embrassée par amour.
Le 24 août 1562
L'évêque fit porter à l'évêque un double message :
- le couvent de Saint Joseph pourrait être conforme aux lois de la pauvreté évangélique
- Teresa de Ahumada devait se tenir prête à recevoir sa visite.
"Que tout soit pour le plus grand service de Dieu et de sa mère bénie, sainte Marie, et qu'elle veuille bien être avec moi en toutes choses".
Elle a hâte de se trouver derrière des murs, des grilles, seule avec ses pauvres sœurs ; non pas pour s'empêcher de rejoindre le monde, mais pour opposer des obstacles entre les importunités du monde et une solitude toute comblée par Dieu.
Mon bonheur d'avoir accompli ce que m'avait ordonné le Seigneur fut si fort que je fus transportée en grande oraison...
Gravissima culpa (1562-1563)
Jésus se pencha vers elle, il la raisonna comme un petit enfant :"Que craigna elle ? Pourquoi manquerait elle de forces à son service ? Plus on a de difficultés à vaincre, plus le bénéfice est grand". Rappelle toi, Teresa : "Tu es à moi, je suis à toi...".
Mon Dieu, cette maison n'est point mienne, elle est fondée pour vous ; puisque personne ne négocie pour elle, que Votre Majesté veuille bien s'en charger.
Le chemin de la perfection (1563-1567)
Chaque Carmélite doit se substituer à ceux qui n'aiment pas ou aiment mal, à ceux qui ne prient pas, ou prient mal, et se donner tout entière pour le salut du monde et le salut des âmes, pour l'Eglise, pour ses prêtres.
3 vertus essentielles
L'une est de vous aimer les unes les autres ; l'autre, le détachement de toute chose créée ; la principale est la vraie humilité, qui les embrase toutes.
S'entraider, compatir, "mettre de la tendresse dans la bonne volonté", se réjouir avec ses sœurs pendant les récréations, "même si vous n'en avez point envie", soigner les malades, servir dans les plus bas emplois, tout cela est placé par la Madre Teresa sur le même plan que la contemplation du Seigneur ou l'oraison : "Que nous importe de le servir d'une manière ou de l'autre ?".
"Eprouve-nous Seigneur, toi qui sais la vérité, afin que nous nous connaissions !". La souffrance seule nous montre la réalité de nos forces, ou l'illusion de nos complaisances en nous mêmes. Souffrir, pour Teresa de Jésus, c'est apprendre à se connaître.
Cette lente transfiguration de femmes imparfaites en épouses du Christ, en servantes de tous les souffrants de ce monde, cet entrainement du caractère, du cœur, de l'âme à vivre sur les sommets, ce travail de précision qu'est l'adaptation du corps et de l'intelligence à la vie spirituelle, s'intégrait à la règle primitive du Carmel.
Cette misérable au milieu d'âmes angéliques
Isabel de Santo Domingo trouva un jour la Madre en extase devant le fourneau. Marthe et Marie, en une seule personne.
Teresa disait : "Celle à qui l'obéissance ferait défaut ne serait pas une religieuse...". "Le chemin de l'obéissance est celui qui conduit le plus vite à l'extrême perfection". "L'obéissance est le vrai moyen d'assujettir la volonté à la raison".
En somme : il faut savoir obéir si l'on veut commander, et surtout se commander à soi-même.
Teresa de Jésus veut guérir ses Carmélites d'un mal de temps, le rabâchage "de beaucoup de prières vocales dites très vite, comme pour en finir avec un devoir ; elles sont persuadées qu'elles doivent les réciter tous les jours, si bien que, lorsque le Seigneur leur met dans les mains son royaume, elles ne le reçoivent pas".
Elle n'hésite pas à se mettre en cause lorsqu'il s'agit de blâmer : "il me semble parfois être bien déliée du monde... mais une autre fois, je me trouve si attachée de choses dont je me serais moquée la veille, que je ne me reconnais pas..."
La dame errante de Dieu
L'aurore des fondations (1567)
L'ordre de Notre-Dame du Carmel peut-il se borner à n'être qu'un pauvre couvent ? Pour chacune de nous, s'agit-il de nous sauver seule ? ... Non. Car le monde est toujours en feu.
Teresa se voit déjà à la tête de légions d'anges combattants. Et puis, elle pleure.
"La femmelette sans forces que j'étais ne pouvait rien". Rien ? Rien que pleure ? "Ne pensons pas que tout soit fait en pleurant beaucoup, mais mettons la main à la pâte. D'abord prier. La prière peut être un combat... l'esprit centré en Dieu dégage autant de force que des armées en marche.
Teresa de jésus n'aime vraiment Dieu qu'à partir de cet instant où son cœur dilaté embrasse l'univers, où elle aime tous les hommes, et donnerait sa vie pour le salut du moindre d'entre eux.
A la Révérende Mère Teresa de Jésus, nous donnons faculté et pouvoir de faire en tous lieux du royaume de Castille des monastères de notre saint ordre, où les religieuses vivront selon la règle primitive, avec l'habillement et autres façons saintes qu'elles gardent à Saint Joseph.
"Nous désirions que tous les religieux, fils de cet ordre, soient de clairs miroirs, des lampes brûlantes, des torches enflammées et des étoiles resplendissantes pour éclairer et aider ceux qui errent en ce monde. Nous désirons donc particulièrement qu'ils se donnent tout entiers à la continuelle et familière fréquentation de Dieu, et que, voués à l'oraison en de saintes méditations et contemplations, ils s'efforcent de s'unir à lui si étroitement que leur esprit, bien qu'encore entravé par la chair, vive déjà au ciel".
En cinq années de claustration à Saint-Joseph, elle a mûri ; sans même qu'elle s'en doute, la plus haute oraison l'a armée pour l'action. La voici libre, de la liberté de l'esprit, maîtresse d'elle même, parce que dégagée de tout égoïsme, de tout orgueil, de tout intérêt personnel ; courageuse du courage de sa race, audacieuse "de l'audace que Dieu donne à une fourmi".
Un moine et demi (1567)
Mais les années passeront sans qu'elle découvre d'imperfections en Juan de Santo Matias devenu Jean de la Croix. Son courage continuera à l'émerveiller, et elle le verra enfin "parvenu à autant de sainteté qu'une pure créature humaine puisse atteindre en cette vie".
Les grands de ce monde (1568)
Mais en toute frénésie le diable trouve son compte, et elle préférait maintenant aux sévices contre la chair une volonté asservie à l'observation de la Règle, et plaçait l'obéissance au-dessus des rigueurs dans la hiérarchie des perfections.
Mais les Descalzas Reales, chez lesquelles la Madre Teresa allait rendre visite à la princesse Juana, sœur du Roi, étaient émerveillées : Dieu soit loué ! Il nous a permis de voir une sainte que toutes nous pouvons imiter. Elle parle comme nous, dort et mange comme nous, et sa conversation est sans cérémonie...
Teresa de Jésus ne cédait pas aux grands de ce monde.
Trop de couvents n'étaient que le refuge de pauvres filles rejetées par le monde : c'était l'une des causes de leur relâchement. La Madre voulait que le Carmel réformé ne soit peuplé que par l'amour de Dieu.
Teresa de Jésus faisait triompher Dieu par l'amour, le Roi crut le faire triompher par le sang ; Teresa vivait dans la pénitence et l'oraison pour le rachat des hérétiques, le Roi les faisait massacrer ; Teresa voulait que le Roi fasse de l'Espagne un flambeau, il en fit un bûcher. La sainte et le Roi usaient des mêmes mots, qui n'avaient pas pour eux le même sens, car ils ne vivaient pas sur le même plan.
La Madre veillait surtout à ce qu'en chaque nouveau couvent l'habitude se créât d'un parfait recueillement, d'une minutieuse observance de la Règle.
Tant de croix, tant de têtes de morts ! ... (1568)
"Mon Dieu ! Qu'édifices et plaisirs extérieurs sont donc peu de chose dans notre vie intérieure ! Je vous demande, pour l'amour de lui, mes sœurs et mes Pères, d'être toujours très modérés en ce qui concerne les maisons vastes et somptueuses..." "De grandes maisons siéent mal à de pauvres petits... Rappelez-vous que tout doit s'écrouler le jour du Jugement, et il n'est pas bien que la maison de treize pauvrettes fasse beaucoup de bruit en tombant..." "...J'ai vu plus de spiritualité et de joie extérieure lorsque les corps ont à peine l'essentiel que lorsqu'ils sont à l'aise dans une grande maison. Nous n'occupons qu'une cellule. Que nous importe qu'elle soit vaste et bien bâtie ? Nous n'y passons pas le temps à regarder les murs. Nous ne l'habiterons pas toujors, notre séjour y sera aussi bref que notre vie. Vivre pauvrement, à l'image de notre bon Jésus, n'exige qu'un petit et délectable effort...".
Ce n'est pas la première fois que Teresa de Jésus attribue à l'inspiration du démon les mortifications excessives : "Il voit le tort qu'ils peuvent lui faire en vivant, il les induit en tentation de se livrer à des pénitences insensées pour détruire leur santé..." L'ide d'avoir à vivre pour Dieu, et de vivre bien portant, fait son chemin en elle.
Teresa de Jésus songeait qu'en ce monde, il faut qu'il y ait des saints, mais aussi des marchands, et qu'il est déjà beau qu'un négociant repu ait de temps en temps, dans son opulence, la nostalgie du dénuement.
Les marchands de Tolède (1569)
C'est pourquoi Teresa de Jésus avait décidé d'entrer désormais comme une voleuse, et la nuit, dans les locaux de ses futurs couvents : une fois la première messe dite, les voisins tout comme les autorités réticentes céderaient devant le fait accompli, avec plus ou moins de menaces et de bruit.
Si cette fondation échoue du seul fait de Votre Seigneurie, pensez-vous pouvoir vous en justifier, lorsque vous vous trouverez devant Notre Seigneur ?
Dès lors, le désir de la pauvre grandit en moi, et m dignité s'éleva bien au-dessus des biens temporels. Lorsqu'ils manquent, les biens intérieurs croissent ; et certes, ils nous rassasient mieux, ils nous apportent une bien plus grande quiétude.
Elle travaillait de ses mains lorsqu'elle n'avait pas à discuter au parloir, ne s'accordait même pas de répit pour l'oraison et la contemplation : c'est prier que de servir.
Ana de Mendoza, princesse d'Eboli
« Oh mes délices, Seigneur de toutes choses créées, mon Dieu ! Jusqu'à quand devrai-je attendre votre présence ? Quel soulagement offrez-vous à celle qui ne trouve de repos en ce monde qu'en vous ? Oh vie longue ! »
Plus nombreuses chaque jour étaient celles qui en ses colombiers, jouissaient du silence et de la paix en Dieu, à Avila, Medina del Campo, Valladolid, Tolède, ainsi que les frères de Duruelo. Mais elle ? A peine avait-elle espéré y goûter qu'il lui fallait repartir.
Et pourtant, rien n'égalait sa joie, leur joie à toutes, lorsque à chaque fondation elles se trouvaient enfin séparées du monde par des épaisseurs de murs, tant de grilles, de verrous, serrures, Constitutions, interdictions. Là, nulle rumeur terrestre, nul être humain ne pouvait les atteindre là. « foulant le monde aux pieds », elles étaient libres, reines et maîtresses du royaume de l'esprit.
La joie que Teresa de Jésus éprouvait à obéir était si grande qu'elle coupait court à tous regrets. Lorsque les desseins divins la rejetaient dans le monde, elle ne quittait point Dieu, mais l'y emmenait avec elle.
La Madre Teresa et ses filles
« Le souci des biens de ce monde ne doit pas nous détourner de songer aux demeures célestes ».
A ses objections, le Seigneur répondait : « Ma fille, l'obéissance donne des forces.
Elle leur indiquait, un à un et par l'exemple, les grands principes de la charité carmélitaine, qui mettent tant de douceur au chevet des malades
Elle jugeait que plus nous sommes forts, plus nous devons nous pencher tendrement vers ceux auxquels un rien cause souvent grande peine.
L'ampleur de son pardon dépassait toute offense ou toute rancune, et elle priait particulièrement pour celles qui pouvaient craindre de l'avoir mécontentée.
Les apparences sont les mêmes. Mais le ravissement, ou l'union avec Dieu, est de courte durée, ses bienfaits sont immenses, il laisse l'âme baignée de lumière intérieure, l'entendement n'y est pour rien, le Seigneur agit seul sur la volonté. Dans l'autre cas, tout est fort différent : le corps est prisonnier, mais l'entendement, la mémoire, restent libres ; ces facultés opèrent dans une sorte d'égarement… J'estime que l'âme n'a rien à gagner de ces défaillances du corps.
Beaucoup de démons (1571-1573)
Quant à Teresa de Jésus, elle ne se cachait point qu'elle eut préféré fonder quatre couvents plutôt que d'en réformer un seul. Surtout celui là. La Règle de ses monastères était faite pour 21 moniales au grand maximum.
Ana disait à ses soeurs en son langage naïf : Vous êtes comme des anges. Mais la Madre Fundadora est un séraphin enflammé par l'amour de Dieu et du prochain.Non : elle ne s'imposerait pas à ces pauvres filles qui avaient réellement le droit de choisir leur Prieure.
Non : elle ne se chargeait point de les réformer d'autorité.
Non : elle n'allait point trôner au Choeur et faire règner la crainte dans la grande et délicieuse maison qu'elle avait, autrefois, quittée avec peine.
Votre Prieure, mesdames, la voici : c'est Notre Dame de la Clémence...
Je plains vraiment les spirituels que de saints projets obligent à demeurer dans le monde : ils portent une lourde croix...
Tu seras mon épouse (1571-1573)
A conduire individuellement : la Madre et Fray Juan avaient le plus grand respect de la liberté des âmes : chacune a sa voie propre, "le Seigneur octroie à chaque âme sa grâce, en cela je n'interviens point".
Fray Juan de la Cruz : Mieux vaut laisser aux expressions de l'amour tout leur ampleur, afin que chacune en fasse son profit à sa manière propre et selon l'abondance de l'esprit...
Fray Juan finit de l'arracher à la gangue des "contentos", trop proches des joies de ce monde. Et il fit jaillir de la précieuse pierre l'étincelle qui monte à la rencontre de cette lumière qui luit dans les ténèbres, et que l'homme ne connaîtra point tant qu'il ne renaitra pas de Dieu seul.
Il me donna sa main droite et me dit : "Regarde ce clou : c'est la marque que dès aujourd'hui tu seras mon épouse. Jusqu'ici tu n'avais pas encore mérité de l'être ; désormais tu veilleras sur mon honneur non seulement parce que je suis ton Créateur et ton Roi, mais en tant que mon épouse véritable. Mon honneur est tien, ton honneur est mien".
C'est à Avila que le Seigneur lui dit : "Ne manque pas d'écrire les enseignements que je te donne, afin de ne pas les oublier. Tu souhaites bien avoir par écrit ceux des hommes : pourquoi estimes tu que c'est perdre du temps que d'écrire les miens ? Un jour viendra où tu en auras besoin".
Qu'il n'y ait plus dualité entre Lui et Elle, mais une volonté unique, non pas en paroles, non pas en désirs mais en actes.
La contemplation n'est plus une fin en soi : elle devient une force pour l'action, dans l'action.
Différence de tempérament qui existe entre la Prieure et son confesseur. Aimer, pour elle, c'est agir autant que contempler. Aimer, pour lui, c'est s'anéantir tout entier dans la contemplation.
L'ombre du grand inquisiteur (1574)
La princesse d'Eboli se fit une gloire de dénoncer à l'Inquisition le Livre de la Vie de Teresa de Jésus, l'accusant de contenir "des visions, des révélations, et l'exposé d'une doctrine dangereuse".
Je ne voudrais qu'aimer. Il n'est meilleur remède que l'amour.
Elle affirme que les mots de l'Evangile la plongent dans le recueillement mieux que les livres les plus savants, et le Seigneur lui-même lui dit : "Tous les maux du monde viennent de l'ignorance des vérités des Ecritures, dont pas une virgule ne faillira...".
Dieu sait avec quelle sincérité j'ai écrit ce qui est vrai.
Se soumettre pour elle, c'est amour.
Jeronimo Gracian de la Madre de Dios (1575)
Pour la grande réalisatrice, il n'était pas une personne, mais plus qu'une personne : il était le meilleur outil qu'elle ait trouvé pour tailler dans le granit de ses fondations.
La grande tempête
Route vers le Sud (1575-1576)
Il ne dépend que de nous, que de votre Révérence, pour que les richesses qui servent actuellement à tant de vanités soient consacrées au soutien de notre religion.
La riche ville de Séville (1575-1576)
Teresa de Jésus avait comparé l'âme à un jardin, et les diverses formes d'oraison aux différentes façons dont l'eau arrose la terre, la réjouit, la féconde. Avec quelle plénitude de jubilation elle a parlé du riche ruissellement des pluies.
Un jour du mois d'août, au parloir, derrière la grille, Teresa de Jésus leva son voile, ainsi que les Carmélites sont autorisées à le faire pour de proches parents : ses frères purent contempler le visage de celle qu'ils avaient quittée jeune, belle, mais tiraillée entre le monde et Dieu ; ils la retrouvèrent si rayonnante de lumière intérieure que sa chair ne portait qu'à peine la marque de trente années.
Les foudres du R. P. général (1575-1576)
C'est en 1574 qu'elle écrit pour la première fois : "... Je suis vieille et fatiguée...". Il était urgent qu'elle se persuadât que quelqu'un pourrait accomplir accomplir ce qu'elle ne pouvait plus embrasser seule. Son œuvre lui échappait par son extension.
Source : La vie de Sainte Thérèse d'Avila, Marcelle AUCLAIR