Le Saint curé d'Ars
"Il était une fois en France, dans la province de Lyon, un petit paysan chrétien qui, dès son plus jeune âge, aima la solitude et le bon Dieu".
"Les prêtres se cachaient et quand on les prenait, on leur coupait la tête proprement". C'est pourquoi, Jean-Marie Vianney fit le rêve de devenir prêtre.
"Or, il convertissait tous ceux qui venaient jusqu'à lui et s'il n'était pas mort, il aurait converti toute la France".
La Sainte Vierge
Un soir, la mère, qui cherche en vain son fils, le découvre au fond de l'étable. Il est à genoux dans la paille et il élève entre ses mains une statuette de la Sainte Vierge qui est son jouet préféré. Il n'entend pas sa mère entrer ; il prie.
Le sacerdoce
Ce n'était pas des messes ordinaires auxquelles assistait Jean-Marie. Le même sacrifice, mais avec tout son prix, puisque le don du Sang de Dieu comportait le don de soi-même. Qu'est-ce qu'un prêtre ? se disait l'enfant. Un homme qui accepte la mort pour le demeurer. Il fallait que le sacerdoce fût une fonction bien haute, bien belle - et que la mort, certaine mort, ouvrit à la vie tout un horizon.
Entretenir le feu de l'amour
"Il faudrait faire comme les bergers qui sont au champ pendant l'hiver - la vie est un bien long hiver - ils font du feu ; mais de temps en temps ils courent chercher du bois de tous côtés pour l'entretenir. Si nous savions comme ces bergers entretenir toujours le feu de l'amour de Dieu par des prières et des bonnes œuvres, il ne s'éteindra jamais".
La désertion ?
Si certains parlent de la désertion du curé d'Ars, le jeune Jean-Marie avait le droit et le devoir de déserter. Un croyant ne pouvait concevoir que les ministres du Dieu de paix fussent engagés par l'Etat dans une aventure sanglante et contraints par la loi de s'y préparer. Si le point de vue a changé, si la conception de la "guerre totale" a prévalu sur l'autre et si en 1914 d'admirables prêtres et religieux ont fait sans hésiter le coup de feu pour la patrie, cette nécessité atroce n'en est pas moins déshonorante pour le siècle qui l'imposa. Quelle que soit notre opinion, il reste qu'on ne saurait assimiler le devoir de conscience d'un séminariste pendant les guerres de Napoléon, à celui d'un prêtre, soldat devant Verdun ou sur la Marne. Jean-Marie se devait, devait à sa fonction et à son Dieu de refuser obéissance.
Les études
Que pouvait on faire d'un élève prêtre si obstinément rebelle au latin ? Il y avait si peu de prêtres pour tant de paroisses à l'abandon. "Soit ! dit le grand vicaire. La grâce de Dieu fera le reste". Le miracle ininterrompu de la réussite que nous peignons, c'est que du premier jour jusqu'au dernier, elle est conduite, soutenue, expliquée - uniquement, exclusivement - par la grâce. Du côté de l'homme rien - et tout du côté de Dieu.
Avant d'être envoyé à Ars, l'abbé Vianney fit trois ans de vicariat dans la paroisse d'Ecully auprès du vieux M. Balley. A peine arrivé, on l'assiège. Il parle d'une façon médiocre et l'on se presse à ses sermons. Il n'a pas le droit de confesser et tout le monde le consulte. Quel spectacle ! - et quelle terreur !
Le mal et le péché
Il a passé son temps à fuir le monde. Il n'a connu le péché mortel que par les livres. Et voici le monde blessé qui devant lui étale sa blessure, où se sont mis souvent les vers. Soupçonnait il qu'en se faisant prêtre du Christ il s'exposait à cette vue ? Lui même, en présence du mal, ne va t-il pas être tenté au point honteux de la blessure originelle ?
Pour écarter les images impures, l'abbé Vianney a fait le vœu de dire tous les jours un Regina Caeli et une invocation à la Conception immaculée.
M. Balley, son maitre, s'aperçoit que ses leçons ne font à peu près rien de plus qu'éveiller un don déjà déposé par l'Esprit dans l'esprit du jeune vicaire et il supplie l'autorité supérieure d'en faire profiter les âmes au plus tôt.
La nature
Un saint, qu'il se nomme Vianney, François de Sales ou François Bernardone, ne se sert pas de la nature pour sa propre délectation. Il ne l'adore pas, il laisse cette faiblesse aux poètes. Elle n'occupe jamais pour lui que le rang le plus bas dans la hiérarchie des vraies splendeurs. Il la considère comme un manuel où il puisera par la suite des comparaisons pour instruire, des raisons pour convaincre et pour apprendre à prier mieux.
Arrivé à la limite de sa nouvelle paroisse, on prétend que par modestie il nomma ses inspirations. Celle-ci aurait pu paraître soufflée par un esprit d'orgueil. Qu'on explique donc ce mystère : un saint qui se sait appelé à réaliser là de grandes choses et qui le dit, sans s'en vanter aucunement. Il émit donc simplement cette prophétie : "Cette paroisse ne pourra contenir tous ceux qui plus tard y viendront".
Honorer Dieu
"Dieu existe t'il ou non ? S'il existe, nous l'honorerons comme il demande qu'on l'honore - ou nous dirons pourquoi.
"Il monte en chaire le dimanche et voici les choses qu'il dit : "Le Christ a pleuré sur Jérusalem... Moi, je pleure sur vous. Comment ne pas pleurer mes frères ? L'enfer existe. Ce n'est pas moi qui l'invente. Dieu nous l'a dit. Et vous n'y songez pas... et vous faites tout ce qu'il faut pour qu'on vous y mette. Vous blasphémez le nom de Dieu. Vous passez vos soirées dans les cabarets... Croyez vous que Dieu ne vous voit pas ? ... Croyez vous que votre curé vous laissera mettre dedans pour y brûler jusqu'à la fin des siècles !" Il a appris son sermon avec peine ; mais il ne le récite pas, il le vit. Sans colère, sans violence, des larmes plein la voix et plein les yeux.
"Venez les bénis de mon Père !"
Le temps est passé des prémisses et nous entrons, avec la faux, dans le cœur des moissons du ciel.
"Nous verrons Dieu, s'écrie le pauvre prêtre. Y avez vous pensé, mes frères ?"Nous voici loin de la religion habitude, de la religion garantie de l'ordre, de la religion gendarme des mœurs, de la religion complaisance, même de la religion piété. Celle-ci est sans épithète, totale et pure, pour elle même - c'est à dire pour Dieu.
La pauvreté
Ainsi le voyaient ses paroissiens ; il n'a presque pas de secret pour eux - mais dès son arrivée son train de vie les scandalise. A l'exception de la cuisine en bas et d'une chambre au-dessus, il condamne toutes les pièces de la maison. Ni servante, ni gouvernante ; il ne veut personne chez lui.
Chasser le démon d'Ars
M. Vianney sait ce qu'il fait. Il laisse dire. Le plus clair pour lui, c'est que le démon est installé dans le village et qu'il faut l'en chasser.
Du reste il tient de l'Evangile que les démons de l'espèce de ceux qui semblent hanter sa paroisse, c'est seulement par la prière et le jeûne qu'on les peut chasser. Il prend donc l'Evangile au mot : jeûne, d'aliments, jeûne de sommeil ; il fera d'une pierre de coups en accordant à la prière le temps qu'il aura pris de force au lit et à la table, à son repos et à sa faim.
Avant le jour, il descend à l'église. En face de l'autel où éternellement son Maître veille, il s'agenouille sans appui. Il accroche ses yeux au tabernacle ; il joint les mains ou il étend les bras ; il prie, il pleur, ile gémie, il médite.
"Mon Dieu, voici tout : prenez tout - mais convertissez ma paroisse. Si vous ne la convertissez pas, c'est que je ne l'aurai pas médité."
"Mon Dieu, je consens à souffrir tout ce que vous voudrez, tout le temps de ma vie...pendant cent ans...et les douleurs les plus aiguës, mais convertissez-les...".
Une bataille de tous les jours, obstinée, atroce, chaque jour gagnée, et à regagner chaque jour, sans l'espoir d'en finir jamais avec "l'ennemi des hommes" qui est venu sur la terre pour les tenter et les tentera jusqu'au dernier jour.
Ne faire que ce qu'on peut offrir au bon Dieu
"Le Bon Dieu nous a créés et mis au monde parce qu'il nous aime. Pour se sauver, il faut connaître, aimer et servir Dieu. O belle vie ! Qu'il eut beau, qu'il eut grand de connaître d'aimer et de servir Dieu ! Nous n'avons que cela à faire en ce monde. Tout ce que nous faisons hors cela, c'est du temps perdu".
"Voici une bonne règle de conduite. Ne faire que ce qu'on peut offrir au bon Dieu".
Des gens qui ne cessent pas d'offenser Dieu sont il à leur place dans son église ? M. Vianney les prendra à partie du haut de la chaire ; il leur fera honte en public. Il n'hésitera pas à en mécontenter une vingtaine, s'il peut, du même coup, en convaincre seulement deux.
"Le dimanche, c'est le bien du bon Dieu, c'est son jour à lui, le jour du Seigneur. Il a fait tous les jours de la semaine. Il pouvait les garder tous, il vous en a donné six, il ne s'est réservé que le septième.
"N'êtes vous pas plus heureuses ici ?" C'est bien possible. La notion de joie va se déplacer peu à peu... Encore un pas et, les jours de semaine, on ne manquera pas de se réunir à l'église pour réciter en commun la prière du soir.
La critique de M. Vianney
Il y eut des cris, on le pense bien. N'osant attaquer leur curé en face, quelques garçons prirent le biais des calomniateurs. Ils répandaient des bruits scandaleux sur son compte, l'accusant d'attirer chez lui les jeunes filles pour les inciter au mal...Quand il sortait de chez lui, le matin, il trouvait sa porte souillée d'ordures.
Celui qui oppose Dieu à Satan doit s'attendre à des représailles... Le bien qu'il a fait, grâce à Dieu, personne ne pourra le défaire, s'il consolide l'édifice avec des prières, des larmes, des jeûnes, des veilles et du sang...
La transformation d'Ars
Dès l'an 1830, Ars est vraiment méconnaissable. "Ars n'est plus Ars" proclame en chaire M. Vianney... Les hommes, avant d'aller au champs, prennent l'habitude d'entrer dans l'église... Quand sonne la prière du soir, toutes les femmes se groupent sous la chaire pour faire écho à leur pasteur... On est plus délicat, et partant, plus poli.
Dieu seul suffit
M. Vianney insiste sur cette pensée. Un jour, Dieu lui a soufflé à l'oreille une parole sans réplique et qui le rassure une fois pour toutes sur l'avenir de la maison : "Que t'a t-il manqué jusqu'à présent ?". "En effet, ajoute le saint curé, j'ai toujours eu de quoi faire... rien ne manque à ceux qui n'ont rien... C'est la confiance surtout que Dieu demande. Quand il est seul chargé de tous nos intérêts, il y va de sa justice et de sa bonté de nous aider et de nous secourir".
Les saints
Ne perdons pas de vue que ses amis les plus intimes ne sont pas de ce monde. Sa Vie, ses façons d'être, ses paroles, sa sainteté qui va croissants et les pouvoirs extraordinaires qu'elle ne cesse plus de lui conférer, demeureront tout à fait incompréhensibles, si nous refusons de le suivre sur le plan où ils jouent qui est le plan surnaturel. M. Vianney vit dans la société des saints.
Sainte Philomène
M. Vianney a lié si obstinément, si intimement à son destin d'intercesseur, de convertisseur et de thaumaturge, l'enfant martyre (Sainte Philomène) dont on a retrouvé les os, quinze cents ans après sa mort, dans une catacombe de Rome, que l'on ne peut parler de lui sans parler d'elle.
Jamais le curé d'Ars ne s'est lié d'amitié, même spirituelle avec aucune femme ; son cœur était pourtant un tendre cœur.
Dès le premier jour de son sacerdoce, sa famille est comme abolie.
Le choix de Dieu et la réponse de l'homme
Personnellement le prêtre sait bien que Dieu le choisit comme un pur néant, pour manifester avec plus d'éclat la Toute Puissance de Sa Grâce et qu'il en eut prit un plus misérable, s'il s'en était trouvé un. Son seul mérite est de ne pas dire : Non !
Les sermons
Dès le premier sermon, il fallut convenir que ses paroissiens n'exagéraient pas ses mérites. Son éloquence, qui n'en était pas une, apparut à chacun comme quelque chose de tout à fait neuf. Il répétait vingt fois les mêmes choses, des choses que tous ses confrères avaient ressassées avant lui sans obtenir d'effet notable et que leurs paroissiens avaient pris l'habitude d'entendre sans les écouter. Mais sans doute les pensait il et les sentait il avec plus de force. Elles trouvaient le moyen de remuer à fond les mêmes cœurs.
La confession
Ce qu'on ne soupçonnait aucunement, ce qui emplit de stupéfaction les laïcs et surtout les prêtres, ce fut la révélation de son génie de confesseur. Lisait t'il déjà dans les âmes ? On l'avait essayé par curiosité, on y retournait par besoin ; on découvrait pa lui la valeur infinie du sacrement de pénitence.
En 1827, quatre ans après la grande mission de Trévoux, on pouvait compter chaque jour une vingtaine de pèlerins qui se rendaient à Ars pour y faire soigner leur âme... La chaîne qui le rive à son confessionnal ne sera plus rompue que par la mort, après trente ans de ministère.
Une âme s'ouvre devant lui...Chaque fois, il écoute en Dieu, chaque fois il répond en Dieu ; dans un grand tremblement (il n'est que son humble ministre) mais dans le don de toutes ses ressources intimes et avec l'assurance d'être ravitaillé par Dieu.
Jésus Christ sur la croix a pris sur lui tous les péchés des hommes. Son ministre doit assumer la part de souffrance qui correspond à ceux qui lui sont confessés.
Ce n'est pas tout d'absoudre une âme. Il faut encore lui donner le conseil, tantôt héroïque, tantôt prudent, qui pourra lui permettre, non pas seulement d'éviter les fautes où elle est trop tentée de retomber, mais de remonter le courant du mal, aussi haut que sa nature propre, aidée par la grâce de Dieu, en est capable.
Sauver les âmes
Les plus profonds, les plus subtils, Montaigne, La Rochefoucauld, Rivarol ou Stendhal, voire Proust ou Gide, ne sont que des enfants auprès d'un directeur de conscience qui prend à cœur son ministère et y engage le salut des autres et le sien.
Pour la gloire de Dieu, pour le bonheur des hommes, il n'a qu'un seul but, c'est de faire des saints. Sauver les uns, surélever les autres ; assurer à chacun une place.
"Dans la direction le point capital... écrit l'abbé Monnin... est : de suivre l'appel de Dieu et de le faire suivre aux autres, de ne pas devancer l'Esprit Saint, de se proportionner soi-même aux âmes, afin de les rendre conforme à Jésus Christ".
Selon l'abbé Monnin, l'union avec Dieu donne à l'homme la faculté de pénétrer sous l'enveloppe du corps les mystères les plus profonds de la conscience. Il a comme les anges une prise directe sur les évènements déjà accomplis dans le monde matériel. Il peut voir en Dieu, si Dieu le permet, les évènements à venir et ainsi le secret des âmes. Il a part à la fois à la science angélique et à l'omniscience de Dieu. Dans quelle mesure ? Dieu seul en décide. Ainsi, le Saint en sait il davantage sur le monde auquel il se ferme que le savant qui ne s'ouvre à celui-ci.
Tant qu'il n'avait pas obtenu d'une âme qu'elle renonçât à son péché, il lui refusait le pardon.
Pour arriver à la foi, le plus court, le plus sûr chemin, "est d'en faire d'abord les œuvres"... C'est la clé de la "politique des âmes" que pratiquait M. Vianney. Il contraignait les convertis honteux à s'afficher, les timides à s'engager les craintifs à se compromettre.
"La croix est l'échelle du ciel...disait t'il encore". Celui qui n'aime pas la croix pourra peut-être bien se sauver, mais à grande peine : ce sera une petite étoile dans le firmament. Celui qui aura souffert et combattu pour son Dieu luira comme un beau soleil.
Faites le compte s'il vous plaît. M. Vianney travaille au moins vingt heures. Il en passe quinze ou seize et quelque fois plus au confessionnal... A t'il été seul avec Dieu deux heures ? Mais il est toujours avec Dieu. Ce régime durera trente ans.
La sainteté
M. Vianney constatait avec épouvante qu'aucun curé dans la suite des âges n'avait été placé sur les autels. On y voyait des papes, des cardinaux et des évêques, des religieux et des laïcs aussi. De curé, pas le plus petit bout. Il en déduisait tristement qu'il n'était pas d'état au monde où la sainteté fut plus difficile. C'est pourquoi il doutait de lui.
Il tenait à donner, dans ses dehors, l'exemple de la pauvreté évangélique, seule digne selon lui d'un délégué de Jésus Christ.
La critique
Face à la critique, sait t'on ce que M. Vianney répondit ?
"Puisque vous êtes si bon et si charitable que de vous intéresser à ma pauvre âme, aidez moi donc à obtenir la grâce que je demande depuis si longtemps, afin qu'étant remplacé dans un poste que je ne suis pas digne d'occuper, à cause de mon ignorance, je puisse me retirer dans un petit coin pour y pleurer ma propre vie. Que de pénitence à faire ! Que de larmes à répandre !".
L'abaissement
Où réside la "joie parfaite" selon Saint François d'Assise ? Dans l'abaissement.
Le détachement
Monseigneur de Belley songea, pour assurer son avenir, à confier "La Providence" à une congrégation régulière... Le seul attachement qu'il eut gardé concernant un objet terrestre, Dieu l'a subitement, impitoyablement brisé et il ne laisse à son ministre que la chaire, le confessionnal et l'autel.
La tentation
L'esprit du mal, qui ne compte plus ses échecs, garde l'illusion qu'il pourrait réussir son coup, ne serait ce qu'une fois sur mille. Les Saints sont un gibier de choix sur lequel il s'acharne particulièrement, en raison même des difficultés de la prise.
L'armure d'un saint n'est pas sans défaut. Mais la grâce, la prière, la pénitence les bonnes œuvres travaillent sans cesse à la réparer et à la consolider aux points faibles.
Chez celui qui s'engage dans la voie de la perfection, ils flattent les bons sentiments plutôt que les mauvais ; ils précipitent les résolutions extrêmes ; ils poussent à bout l'héroïsme pour le lasser plus tôt ou pour le faire dérailler.
La sainteté
Dieu est plus ambitieux que nous pour son Saint. Il tient à le placer, dans l'éternité de sa gloire, le plus près possible de Lui, parmi les astres de première grandeur. Cela se paie - et c'est encore "pour rien" si l'on peut dire. Par là aussi, Dieu signifie qu'il n'est pas de limite au don de soi et que Sa Grâce peut tenir lieu à ses élus, non seulement de science, de sagesse, de force, de santé, mais même de sommeil, comme parfois de nourriture.
L'action du diable
Sur tous les faits indéniablement diaboliques, on a des témoignages innombrables ; les enquêteurs les plus sceptiques s'en retournaient épouvantés et convaincus. Un des derniers tous du "grappin" fut l'incendie du lit de M. Vianney trois ans avant sa mort, en plein jour et en son absence.
"Il y a longtemps, dit M. Vianney, que je demandais cette grâce au bon Dieu ; il m'a enfin exaucé. Je suis bien le plus pauvre de la paroisse, ils ont tous un lit...moi je n'en ai plus".
"Pourquoi prêches tu si simplement ?... Tu passes pour un ignorant. Pourquoi ne pêches tu pas en grand, comme dans les villes ? Ah ! Comme je me plais à ces grands sermons qui ne gênent personne, mais qui laissent les gens vivre à leur mode et faire ce qu'ils veulent...".
M. Vianney convertit - ou croit convertir - des âmes, des âmes et encore des âmes. Mais de la sienne, que fait-il ? Toujours penché sur les pêcheurs, s'il se penchait un peu sur lui ?
Sa prière d'enfant, il ne l'a jamais rétractée ; car plus il a grandi, plus il a désiré de vivre seul. Or le voici jeté dans l'action, dévoré par les œuvres, dévoré par la multitude, et sans aucun loisir pour se demander s'il vit bien et s'il agit bien, en plein accord avec la volonté divine.
Le cloître
Le diable n'est pas sans savoir que l'oraison d'un saint, dans le désert d'une Trappe ou la prison d'une Chartreuse, a plus de puissance sur le cœur de Dieu que toutes les œuvres du dehors, et donc plus d'efficacité pour la conversion des âmes. Mais il ne voit que le résultat immédiat qui serait la ruine du pèlerinage. Dans cet espoir, il pousse le saint homme dans la voie difficile d'une plus grande sainteté.
M. Vianney est décidé. En 1827, il va rendre visite à son évêque pour lui demander son déplacement. L'évêque lui offre la cure de Fareins. M. Vianney n'ose pas lui avouer que c'est le cloître qu'il désire. Il reste donc à Ars.
L'amour de Dieu et du prochain
Tout est contradiction chez un saint. Nous ne pouvons pas concevoir le drame qui déchire son âme, quand, à la limite du don de soi, il ne peut plus se mortifier qu'en opposant les deux commandements de la loi (qui n'en font qu'un, qui sont le même commandement nous dit Notre Seigneur dans l'Evangile) :
"Tu aimeras le Seigneur Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces et de tout ton esprit...et ton prochain comme toi même".
Ce qu'il donne au prochain, le saint craindra d'en priver Dieu et ce qu'il donne à Dieu d'en priver le prochain. Alors qu'en fait, ce qu'il donne à l'un il le donne aux autres, et réciproquement.
Il advient que Dieu jette le contemplatif dans la mêlée et exile l'apôtre dans le désert. Cette disgrâce, qui est une grâce, porte l'un et l'autre plus loin que ne l'eut pu faire la pente logique de leur apparente vocation.
La santé
Un médecin ayant examiné le saint curé, plus de dix ans avant sa mort, déclara que tel qu'il était et avec la vie qu'il menait "la science ne pouvait expliquer comment il demeurait en vie".
Signe de sa sainteté
Il repoussait les compliments, même les plus discrets.
Il n'aimait pas le monde et causer pour causer lui sembler une perte de temps.
Sans aucune curiosité pour ce qui n'était pas de Dieu, il s'intéressait cependant à tout et n'ignorant à peu près rien de ce qui se passait dans le siècle.
Par une pointe aimable, il ramenait toujours la conversation sur le terrain que, selon lui, elle n'eut du jamais quitter, puisque le souci unique de l'homme, ce devrait être son salut.
Images
"Pour notre corps, la mort n'est qu'une lessive".
"Nous ne sommes sur la terre que par entrepôt, pour un tout petit moment".
"Quand on va se confesser, il faut comprendre ce qu'o va faire ; on peut dire qu'on va déclouer Notre Seigneur".
"Il faut faire le signe de la croix avec un grand respect. On commence par la tête : c'est le chef, la création, le Père ; ensuite le cœur : l'amour, la vie, la rédemption, le Fils; les épaules : la force, le Saint-Esprit".
"Tout nous rappelle la croix. Nous-mêmes nous sommes faits en forme de croix".
La prière
"Plus on prie, dit il, plus on veut prier". Et plus ce qu'on a donné de prière vous semble infime. M. Vianney aspire à prier davantage, justement parce qu'il prie beaucoup, parce qu'il prie énormément, parce qu'il vit dans la prière.... Même retiré au fond d'une chartreuse, M. Vianney n'aurait pas eu son compte. Car il veut tout. Et la soif de l'élu ne sera apaisée qu'au ciel, dans l'éternité jaillissante.
Auteur : Henri Ghéon