Comprendre et vivre la liturgie, Xavier ACCART

Résumé : Ce livre décrypte les symboles et rites liturgiques - les gestes, les couleurs, les vêtements, l'architecture des églises, le cycle annuel des fêtes... Le livre montre à quel point la liturgie chrétienne est le creuset d'une vie spirituelle personnelle, authentique et féconde. 

Citations

"Il faut que les pasteurs fassent en sorte que le sens du mystère pénètre les consciences, en redécouvrant et en pratiquant l'art "mystagogique", si cher aux Pères de l'Eglise", Saint Jean Paul II

Combien nous avons besoin de retrouver le sens du mystère et combien il est important de redécouvrir la valeur de la mystagogie", Pape Léon XIV

Préface

L'entrée dans la vie chrétienne est faite pour s'accomplir dans la participation effective et savourée à la célébration de l'Eucharistie en vue d'une vie toute entière marquée par la dynamique d'offrande de l'acte eucharistique. 

La liturgie célébrée est la condition de possibilité de la liturgie vécue, c'est à dire d'une vie heureuse parce qu'offert à Dieu et aux autres, en paroles et en actes. 

La liturgie n'a rien d'annexe. Comme le soulignent les chrétiens d'Orient, la liturgie est le moyen terme entre la foi et la vie spirituelle, le lieu où la foi se fait expérience, le creuset de la transformation de chacun en membre vivant du corps du Christ. 

La Parole éternelle de Dieu se donne à percevoir et à accueillir par des lieux, des signes, des chants, la constitution d'une assemblée, la lueur des cierges et le parfum de l'encens. Voilà qui aide à ne pas réduire la foi à un message abstrait. 

Prendre soin des gestes, des attitudes, du rythme, des objets, des couleurs de la liturgie, ce n'est pas céder à un formalisme inutile ou malfaisant, mais au contraire entrer dans la richesse et la profondeur de la foi pour en vivre. 

Tout est biblique, d'une manière ou d'une autre, dans la liturgie et rien n'est plus nouveau que la révélation biblique qui culmine dans le Christ, "plénitude de la Révélation" comme l'a rappelé le concile Vatican II. 

Lieu de communion, la liturgie n'a pas vocation à devenir un lieu d'affrontement, comme c'est malheureusement trop souvent le cas. La liturgie est si riche et si variée que chacun peut y trouver son chemin pour peu qu'il cherche "avant tout le Royaume de Dieu et sa justice" et en prenne les moyens.

Introduction

L'Eglise forme mystiquement le corps par lequel Jésus continue son œuvre : donner en plénitude la vie aux hommes et glorifier le Père. Cette continuation, l'Eglise, l'opère en premier lieu par la liturgie. Elle n'est pas seulement un culte humain aux effets psychosociologiques, mais le cadre d'un véritable échange entre l'homme et Dieu.

En célébrant l'Eucharistie, c'est à dire en actualisant l'unique sacrifice du Christ, nos assemblées et chacun de nous s'offrent en lui et glorifient par là le Père. 

La liturgie est le canal privilégié par lequel l'Esprit Saint vient guérir et vivifier la racine de notre être, de telle manière que toute notre personne et finalement toute notre existence sont transformées. 

Encore faut il que nous participions vraiment à la liturgie. Vatican II a souligné la nécessité d'une participation "consciente, active et fructueuse". En quoi consiste t-elle ? Non pas d'abord en des activités extérieures (parler, lire, organiser...), mais en une intériorisation des mystères célébrés. 

Saint Jean Paul II appelait à ce que soit redécouverte "la mystagogie si chère aux Pères de l'Eglise", c'est à dire "l'art qui vise à introduire dans le mystère du Christ, en procédant du visible à l'invisible, du signifiant au signifié, des "sacrements" aux "mystères". 

Franchir la porte

La porte vient nous rappeler le passage que nous avons à opérer des apparences au mystère qui leur est sous-jacent, de la dispersion mondaine à l'union au Christ, de la mort à la vie. 

Près de la porte de l'église a été placé le bénitier grâce auquel nous signons avec de l'eau bénite en entrant. Nous associons ainsi le franchissement du seuil à notre renaissance spirituelle dans le Christ. 

Aux premiers temps du christianisme, des gardiens veillaient à ce que seuls les baptisés accèdent à la célébration des mystères. 

Les scènes de jugement représentées sur les tympans des cathédrales évoquent symboliquement la révélation du fond des consciences. Dans quelles dispositions allons nous participer à la célébration eucharistique ? Tout, ou beaucoup déjà, se joue dans le passage du seuil. 

"Je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé" (Jn 10, 9)

"De même que tu entres dans cette église, Dieu veut entrer dans ton âme" (Saint Césaire d'Arles)

Le baptême nous introduit dans l'Eglise, corps mystique du Christ, que symbolise l'église édifice. C'est pourquoi les fonds baptismaux furent d'abord situés à l'extérieur pour que le sacrement soit suivi d'une entrée par la porte de l'Eglise. Le baptistère a une forme octogonale pour symboliser le « huitième jour », celui de la Résurrection du Christ et d'une nouvelle création. 

S'orienter

Alors que les juifs et les musulmans se tournent pour prier vers un "centre spirituel", respectivement le temple de Jérusalem ou la kaaba de La Mecque, nos pères dans la foi priaient le visage dirigé vers un point cardinal. 

"Quand nous nous tenons debout pour prier, nous nous tournons vers l'orient" précise Saint Augustin. Quand l'autel était à l'Occident, comme à Saint Pierre de Rome, l'officiant devait se retourner vers le levant et se trouvait ainsi face au peuple, qui lui-même, se tournait vers l'orient pendant la prière eucharistique. Le souci des Pères n'était donc pas tant de célébrer dos ou face au peuple...mais tournés vers l'orient. 

Pourquoi cette direction ? 

Le Pseudo Athanase d'Alexandrie, plus tard suivi par Saint Thomas d'Aquin, évoque une raison qui peut déconcerter nos esprits peu familiers de la pensée symbolique : il s'agit de se diriger vers l'endroit où est situé le Paradis terrestre (Genèse 2,8 : "Le Seigneur Dieu planta un jardin en Eden, à l'orient, et il y plaça l'homme qu'il avait modelé"). 

Plus communément, des Pères tels Saint Augustin ou Origène, expliquent que c'est "le lieu d'où monte le soleil". 

Dans la version grecque du livre de Zacharie, qui annonce la Nouvelle Alliance, le Messie est à ce titre appelé "Orient" (Za 3, 8).

Le soleil dispersant les ténèbres de la nuit est un symbole évident du Verbe venu pour éclaire tout homme, comme du Christ victorieux de la mort. 

Selon Saint Matthieu, le Fils de l'homme reviendra à la fin des temps "comme l'éclair qui part de l'Orient" (Mt 24, 27). 

Pour voir Dieu tel qu'il est, il faut en effet tendre avec lui avec constance. 

L'orientation du célébrant

Au XXème siècle, le mouvement liturgique a expérimenté la célébration du prêtre "face au peuple". Cette pratique fut largement adoptée après Vatican II comme un moyen de favoriser la participation des fidèles, car elle leur permet de voir ce qui se passe à l'autel. 

Certains artisans de la réforme liturgique comme Louis Bouyer, proche de Paul VI, ont cependant souligné le danger de cléricalisme qui découle de cette façon de célébrer. Car elle augmente la séparation et l'opposition entre le clergé et les laïcs : l'autel devient une barrière entre deux castes et contribue à faire croire que la liturgie est réservée au clergé. Ainsi, il lui semblait préférable que, lors de la prière eucharistique, peuple et ministre ordonné à sa tête soient tournés dans la même direction. Joseph Ratinger ajoutait qu'à défaut de pouvoir se tourner vers l'orient géographique, peuple et célébrant peuvent toujours se tourner ensemble vers la croix d'autel. 

Source : Xavier ACCART