Le Cœur de Jésus
Origine
Apparitions de Jésus à Marguerite Marie ALACOQUE à Paray-le-Monial, en Bourgogne française au XVIIème siècle.
A cette religieuse de l'ordre de la Visitation, fondé par Jeanne de Chantal et François de Sales, Jésus a révélé son cœur et demandé que l'on instaure une fête universelle en son honneur.
Apparitions
Alors qu'elle est à la chapelle du monastère devant le Saint Sacrement, le Seigneur la fait reposer plusieurs heures sur sa poitrine. Elle est si investie de la présence du Seigneur qu'elle se trouve dans l'oubli de soi et de l'endroit où elle est. Elle se livre à la force de l'amour du Christ.
C'est alors que le Christ lui ouvre les secrets inexprimables de son Sacré Cœur. La sainte raconte qu'elle voit le divin Cœur, "comme dans un trône de flammes, plus rayonnant qu'un soleil et transparent comme un cristal, avec cette plaie adorable, et il était environné d'une couronne d'épines... et une croix au dessus".
Ce que Jésus nous dit à travers ces apparitions
Jésus affirme avoir un cœur passionné d'amour pour les hommes et pour la sainte.
La force de cet amour est telle que Jésus ne peut plus contenir les flammes d'amour de son cœur.
Jésus veut donner aux hommes les trésors de son cœur, les enrichir.
Les flammes de cet amour contiennent des grâces sanctifiantes et salutaires nécessaires pour éviter la perdition.
Jésus désire répandre son amour grâce à Marguerite Marie et manifester ainsi son cœur aux hommes.
Jésus avoue son "ardent désir" d'être aimé et de sauver les hommes.
Jésus révèle à la sainte les merveilles de son amour, l'excès avec lequel il a aimé les hommes, et il se plaint de leurs ingratitudes, méconnaissances et froideurs.
5 moyens pour réparer son amour blessé
- L'honorer par le moyen d'une image de son Cœur
- Communier chaque premier vendredi du mois
- Accompagner Jésus à Gethsémani chaque jeudi de 23h à minuit
- Instauration d'une fête en l'honneur de son Cœur le premier vendredi après l'octave du Saint Sacrement
- Se consacrer soi-même au Sacré-Cœur
Une union spirituelle
Jésus unit spirituelle en son Cœur Marguerite Marie et le père La Colombière. Le but est limpide : la gloire du Sacré Cœur.
A la visitandine de faire savoir au jésuite les trésors que Jésus lui révèle. A l'homme de Dieu d'en expliquer la valeur et l'intérêt de le rendre public.
Marguerite Marie et Claude La Colombière sont les représentants de leur ordre respectif . Par la sainte Vierge, le Seigneur demande aux filles de la Visitation de faire connaître le trésor qu'est le Sacré Cœur et de le partager aux autres. Les Jésuites quant à eux reçoivent la mission de déployer la réflexion théologique concernant le Cœur de Jésus.
Le Cœur de Jésus dans l'Ecriture
Ancien Testament
Le Cœur de Dieu est révélé dans l'Ancien testament, au point d'en constituer la trame de fond. Dieu se révèle, il révèle son intériorité. Et, en le faisant, il dévoile que cette intériorité est habitée et mue par l'amour.
Dan le livre du Deutéronome, l'alliance, l'intériorité et l'amour sont intimement reliés l'un à l'autre : "C'est par amour pour vous et pour garder le serment juré à vos pères, que Yahvé vous a fait sortir à main forte et t'a délivré de la maison de la servitude, du pouvoir de Pharaon, roi d'Egypte".
La demande faite par le Seigneur est de l'aimer en retour.
Le livre d'Osée compare l'alliance entre Dieu et Israël à celle qui existe entre un homme et une femme dans le mariage. On ne peut mieux dire combien il s'agit d'amour. Dieu aime son peuple comme Osée sa femme.
Dans le Cantique des cantiques, ce chant d'amour, c'est bien la relation intime entre Dieu et Israël dont il s'agit.
Bernard de Margerie : "l'Ancien testament ouvre la voie matériellement et surtout formellement au culte du Cœur du Sauveur : matériellement en nous présentant le Cœur du Messie, formellement en nous montrant dans le Cœur un symbole d'amour, et surtout en nous enseignant que Dieu nous aime d'un amour éternel".
Nouveau Testament
Lorsque l'on demande à Jésus quel est le plus grand commandement, il répond : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit : voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi même".
En bon juif, c'est ce que Jésus a fait. Comme homme, le Christ a aimé le Père de tout son cœur et il a aimé son prochain comme lui même avec une force unique puisqu'elle est liée à l'amour du Père. C'est dire combien pour Jésus l'essentiel est d'aimer.
"Chargez vous de mon joug et mettez vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger". Jésus nous invite à venir à lui afin qu'il puisse nous soulager. Jésus manifeste qu'il voit ceux qui peinent, qu'il comprend leur souffrance, qu'iil veut les aider. Il manifeste ainsi un cœur compatissant pour tous ceux qui portent un lourd fardeau.
Jésus dévoile particulièrement son cœur à Gethsémani. La prière de Jésus montre son désir ardent, comme tout homme sensé, d'échapper à la souffrance et à la mort. En cet instant crucial cependant, il se remet entièrement entre les mains du Père. Dans son agonie, nous ressentons la tristesse et la terrible angoisse de mourir au point que la sueur de Jésus devient comme des gouttes de sang tombant à terre.
Dans l'Evangile de Jean, le Cœur de Jésus est particulièrement présent. 4 passages le mettent spécialement en lumière : la promesse de l'eau vive, le disciple proche de Jésus, la transfixion et l'apparition du Ressuscité à Thomas.
Promesse de l'eau vive : Jésus s'écrie, et ce cri révèle ce qu'il vit intérieurement, son désir intense d'être entendu. En criant, Jésus invite de manière pressante tout homme altéré à venir à lui pour étancher sa soif. L'étanchement de la soif se réalise par le don de l'Esprit. Or, c'est du cœur du Christ que l'Esprit est donné lors de la passion.
Le disciple proche de Jésus : Jésus est pris d'effroi devant la mort dont Judas est le signe. A la question du disciple aimé sur qui va le livrer, Jésus répond qu'il va désigner le traître en lui donnant la bouchée. A l'époque, ce geste était une manière de signifier son amitié. Jésus désigne ainsi le traitre en même temps qu'il décide de manifester librement son amour à l'égard de Judas. Pourtant, Judas refuse l'amour de Jésus. Il ne suffit donc pas d'être aimé de Jésus, encore faut-il accueillir son amour. Et le refuser délibérément, c'est laisser les ténèbres nous envahir.
La transfixion de Jésus (Transpercement du côté) : Au pied de la croix se trouvent la mère de Jésus et le disciple qu'il aimait. Après leur avoir parlé, Jésus dit deux brèves phrases : "J'ai soif" et "C'est achevé". Ensuite, Jésus remet l'esprit. Tout l'évangile de Jean est orienté vers l'heure de Jésus, c'est à dire sa glorification. Or, cette heure et cette glorification sont justement la passion et la mort de Jésus. Jésus est le juste immolé comme l'agneau pascal, le juste par lequel Dieu libère de l'esclavage. En Jésus, en son humanité, c'est bien Dieu qui a été transpercé.
Les récentes recherches historiques et médicales montrent que le coup de lance était à l'époque un acte technique par lequel on visait le cœur, c'était le moyen classique pour le romain de s'assurer de la mort. En suivant le coup de lance, on est conduit au cœur. L'ouverture du côté est donc implicitement ouverture du cœur.
Après avoir raconté la transfixion, l'évangéliste affirme qu'il sortit du sang et de l'eau. Le sang et l'eau ont chacun une forte valeur symbolique. Le sang renvoie au discours sur le pain de vie et donc à l'Eucharistie. Il symbolise aussi la vie, le sacrifice et l'expiation. L'eau est le signe de l'Esprit et du baptême par lequel il est donné. Le sang et l'eau qui jaillissent du cœur de Jésus représentent ainsi la réalité du sacrifice offert pour la vie du monde. En donnant sa vie, signifiée par le sang versé, Jésus crucifié nous donne la Vie, symbolisée par l'eau vive jaillie du temple de son corps.
L'apparition à Thomas : La première parole qu'adresse Jésus à ses disciples est une parole de salutation : "Paix à vous". En disant cela, Jésus fait bien plus que les saluer. Il donne effectivement sa paix à ceux qui l'avaient abandonné durant sa Passion. Thomas conditionne sa foi au fait de voir la marque des clous, d'y mettre le doigt et de mettre sa main dans le côté. 8 jours plus tard, quand Thomas est là, Jésus réitère le don de sa paix, y compris à Thomas qui a refusé de croire à la parole des disciples. Ici se manifeste l'infinie miséricorde de Jésus à l'égard de Thomas, son amour pour lui malgré le refus obstiné de son disciple. La manifestation du Christ, particulièrement de son côté, le conduit à la foi. De cette manière, le Transpercé ressuscité guérit la blessure du doute et de l'incrédulité.
Le Cœur de Jésus dans la Tradition
Le Cœur de Jésus est une réalité très présente chez les Pères de l'Eglise. Les Pères ont ouvert la voie du culte privé et public au cœur du Sauveur. En précisant que le Verbe incarné, en son humanité, avait un corps humain, une âme immortelle et qu'il était doté d'une réelle affectivité, ils ont donné les fondements qui permettront de rendre compte de la permanence de ce culte.
Le lien entre le Cœur de Jésus et l'Ecriture sainte est étroit. Pour Saint Augustin, le Cœur de Jésus, c'est l'Ecriture sainte : "qu'une plus parfaite intelligence des Ecritures appartienne aux hommes d'intériorité, cela découle du fait qu'à, la façon de la cire, son cœur, c'est à dire les Ecritures qui contiennent son dessein, se dissout chez eux, c'est à dire dans leur méditation - en ce sens que c'est grâce à la ferveur de l'esprit que ce dessein est ouvert, discuté et exposé".
Saint Bonaventure affirme que "le Cœur du Seigneur fut transpercé par la lance afin que par la plaie visible nous reconnaissions l'amour invisible. La blessure extérieure du Cœur montre la plaie invisible de l'amour".
Toute entière enflammée d'amour, Sainte Catherine de Sienne s'offrait elle-même en retour, profondément marquée par le sang qui coulait du côté de Jésus. Et ce sang qui l'interpelle tant la conduit à Jésus. Sainte Catherine de Sienne a connu la stigmatisation invisible et l'échange des cœurs. A la question de Sainte Catherine de Sienne pour savoir pourquoi Jésus a t-il voulu que son côté et son cœur fussent blessés et entrouverts alors qu'il était déjà mort, Jésus a répondu :
"J'avais plusieurs raisons mais je vais te dire la principale. C'est que mon désir du genre humain était infini, alors que mes tourments et les souffrances que j'endurais étaient finis. Aussi n'est-ce point avec ce qui était fini que je pouvais vous montrer tour l'amour que j'avais pour vous, puisque mon amour était infini. Je voulus donc, en vous montrant mon côté ouvert, que vous voyez le secret du cœur, afin que vous voyais que je vous aimais beaucoup plus que je ne pouvais vous montrer avec ma souffrance finie."
Si la souffrance est finie, le fruit de cette souffrance est infinie et s'applique à tous les hommes.
Jean Eudes recueille 9 significations du cœur qu'il regroupe en 3 cœurs : corporel, spirituel et divin. Par cœur divin, il faut entendre l'amour du Fils pour le Père et l'amour commun du Père, du Fils et de l'Esprit envers les hommes. Le cœur divin possède une dimension trinitaire. Par cœur spirituel, il faut entendre la partie supérieure de l'âme du Christ, sa mémoire, son intelligence et sa volonté. Le cœur corporel est celui de son corps déifié, corps uni au Verbe.
Jean Eudes développe l'idée de la réparation. L'infinie différence entre Dieu et l'homme et l'impossibilité la distance creusée encore par le péché conduisent à offrir 3 sortes de réparation :
- demander pardon pour toutes les souffrances que son cœur a subies à cause de nos péchés.
- la réparation consiste à offrir. Il s'agit d'une part d'offrir au Père le Cœur de Jésus donné aux hommes. Puisque Jésus nous a donné son cœur, nous pouvons, en épousant le mouvement de Jésus, réparer en offrant sa réparation.
- la dernière forme de réparation est la charité envers tous, même les ennemis et l'assistance aux pauvres.
Magistère
Son rôle consiste, tout en se laissant mesurer par la parole de Dieu, à reconnaître et discerner ce que l'Esprit dit à l'Eglise et à confirmer les croyants dans la foi.
Le pape Clément XIII a officiellement approuvé le culte du cœur de Jésus en 1765, 75 ans après la mort de Marguerite Marie Alacoque.
En 1856, le pape Pie IX l'a étendu à toute l'Eglise.
3 encycliques traitent du sujet :
- Annum Sacrum : Le pape Léon XIII consacre tout le genre humain au Sacré cœur.
- Miserentissimus Redemptor : Après avoir parlé du Cœur de Jésus en général, le pape Pie XI aborde les cultes du sacré cœur, à savoir la consécration et la réparation.
- Haurietis Aquas in gaudio : Rédigé par le pape Pie XII, premier écrit magistériel sur le cœur de Jésus d'une certaine ampleur théologique.
Un symbole
En la personne de Pie XII, le magistère a plusieurs fois affirmé que le cœur de jésus est un symbole. Le symbole fait signe vers autre chose, vers plus grand que lui. Le symbole est le moyen par lequel un "mystère" se communique à l'homme.
De même que la volonté a une place particulière dans la vie spirituelle, le cœur physique possède une place spéciale dans la vie du corps.
Le cœur de Jésus symbolise l'amour de Dieu.
Plus un symbole rejoint l'expérience corporelle commune des hommes, plus grande est sa force symbolique.
L'homme ne peur percevoir la réalité du symbole que s'il entre en relation avec l'objet symbolisant et s'ouvre à son surcroît de sens. Autrement dit, sa liberté doit s'engager. Il doit vouloir faire sien le symbole pour entrer dans ce qui se donne à connaître à travers lui.
Comme le dit Ricoeur, le symbole "donne à penser".
Phénoménologie du cœur
Dès le sein maternel, l'être humain est en relation avec sa mère, enveloppé de son amour.
Très tôt, le cœur physique est associé à une vie intérieure et à une relation qui sont amour. Dès lors, on perçoit mieux la pertinence du cœur de Jésus pour exprimer la vie intérieure, l'amour de Dieu, l'affection humain du Christ et son amour humain.
Réparer
Jésus nous montre que réparer le mal commis, c'est aimer en retour. La réparation, la satisfaction qu'offre Jésus au Père, c'est l'amour. C'est seulement cela qui peut réparer, et que Dieu attend. La souffrance ne fait que révéler la puissance de l'amour. Lorsqu'elle est supportée à cause de l'amour, on est certain de se trouver devant un amour véritablement désintéressé. En ce sens, la souffrance est la preuve d'un amour très grand.
A Paray, c'est Jésus blessé, particulièrement par ceux qui lui sont consacrés, c'est à dire les baptisés, qui demande réparation. En effet, il leur a donné le salut et voilà que ceux-ci en font peu de cas ou le méprisent. La douleur de Jésus est causée par notre refus de nous laisser sauver et par notre complaisance dans le péché. Elle est aussi due au peu de reconnaissance pour tout ce qu'il a enduré pour notre salut. Sa demande découle de la logique de l'amour. Car, si Jésus, est le seul qui est capable de réparer l'offense faite à Dieu, de rendre à Dieu un amour digne de lui, le Père et le Fils désirent élever l'homme et en faire leur égal. En répondant à la demande de Jésus, avec lui, par lui et en lui, l'homme peut lui aussi réparer.
Souffrir ?
La souffrance est ce que l'homme désire ardemment éviter. Le malade souhaite fuir son mal de tout son cœur, ne plus devoir le subir. Le visiteur, en demeurant auprès du malade, opère le mouvement inverse. Il accepte de souffrir, avec lui, pour lui, par amour. Et l'amour qui le tient au pied du lit de souffrance se révèle d'une force peu commune. Il prouve, par sa seule présence, que l'amour est plus important et plus fort que la souffrance.
Très tôt, Marguerite a eu le désir de souffrir. Dans l'histoire des Saints, on retrouve régulièrement ce désir plus qu'étonnant. Cela s'explique à la lumière de l'Amour. Marguerite a découvert combien Jésus a souffert. Et c'est ce qui l'a profondément saisie, c'est combien cette souffrance est le signe d'un amour extrêmement puissant. Aussi, son désir de souffrir est le révélateur de l'intensité de son amour à l'égard de Jésus. C'est vouloir aimer Jésus comme lui.
Il faut tenir ensemble le non sens et le sens : l'absurdité en soi de la souffrance et en même temps la possibilité par le Christ de lui donner une valeur inouïe, non en raison de la souffrance elle-même mais d'un amour plus fort que la souffrance, d'un amour qui la métamorphose.
Source : Benoît de BAENST