Le combat spirituel, Joël GUIBERT
Nous sommes créés pour le bonheur : si cette béatitude nous est gratuitement offerte par Dieu, il nous revient de l'accueillir et de combattre en nous ce qui contrarie notre vocation à la joie.
« Tous les hommes recherchent d'être heureux […] C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu'à ceux qui vont se pendre », Blaise PASCAL
La recherche du bonheur est intimement liée à la recherche de l'amour.
« L'âme ne peut vivre sans amour, dit Jésus à Sainte Catherine de Sienne. Toujours, elle veut aimer quelque chose. Elle est pleine d'amour puisque je l'ai créé par amour ».
Lorsque l'homme vient à pêcher, il le fait encore par amour d'un objet qui lui apparaît à tort être un bien, alors que c'est un mal déguisé, sous des dehors séduisants.
Dieu, qui n'a pas besoin de nous pour être heureux, veut pourtant dans son amour gratuit et miséricordieux, avoir besoin de nous. Nous pouvons donc faire chavirer du Bon Dieu à travers les petits riens du quotidien dès qu'ils sont vécus dans l'amour.
Dieu ne regarde pas l'homme comme un simple déversoir de son amour, il considère avec une attention bouleversante la réponse d'amour que la créature peut lui rendre.
Dieu nous aime jusqu'à nous considérer comme les coopérateurs de sa grâce. « Dieu, qui t'a créé sans toi, ne te sauveras pas sans toi », Saint Augustin.
Catéchisme de l'Église catholique : « La vie nouvelle reçue dans l'initiation chrétienne n'a pas supprimé la faiblesse et la fragilité de la nature humaine, ni l'inclinaison au péché que la tradition appelle concupiscence, qui demeure dans les baptisés ».
Le Seigneur ne nous considère pas comme de simples réceptacles de sa tendresse, de vulgaires serviteurs passifs il va jusqu'à nous hisser au statut d'ami et même de coopérateur de notre salut. Il mendie notre réponse, il attend que nous lui manifestions notre amour par notre lutte contre ce foyer de concupiscence qui cherche à nous corrompre.
Saint Jean de la Croix enseigne que le combat spirituel source de paix intérieure, consiste principalement en un travail de détachement et de purification.
Combat spirituel et développement personnel :
- Obsession de soi ou don de soi : le but du développement personnel est le Moi, que le moi ose être soi, que le Moi gagne confiance en soi. Lorsque le Moi devient l'horizon ultime, on peut très facilement glisser vers une certaine obsession de soi. Le combat spirituel vise à libérer l'homme d'un amour démesuré de lui-même. L'homme progressivement dégagé de son moi ventru pourra davantage se donner et ainsi se trouver pleinement et goûter à la joie du don de soi.
- Dieu à mon service ou moi au service de Dieu : certains tombent dans le piège de se servir de Dieu pour se sentir bien plutôt que servir Dieu le bien, c'est à dire sa gloire. Moins nous nous regardons nous mêmes, moins nous sommes obnubilés par nos plaies et nos inhibitions, plus nous sommes décentrés et tournés vers Jésus. « Savez vous quand vous trouverez le bonheur ? C'est quand vous ne le recherchez plus. Croyez moi, j'en ai fait l'expérience.
- Évitement ou accueil de la croix. La mentalité actuelle est entrée dans un dangereux déni de la moindre souffrance. L'Évangile n'est pas d'abord une ordonnance pour être sain, mais une invitation à la sainteté. L'Église sait que la vie fait partie de la souffrance, l'évacuer à tous crins est le meilleur moyen de la voir ressurgir en angoisse sourde, comme on le voit aujourd'hui avec une ampleur inquiétante.
La vie de Dieu en nous : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jean, 14,23). Difficile de faire plus profond quant à l'intimité d'amour entre Dieu et l'âme.
Suis-je vraiment convaincu du pouvoir transformant de la grâce ? « Dieu ne commande pas des choses impossibles, mais en commandant, il avertit de faire ce que l'on peut et de demander ce qu'on ne peut pas faire. », Saint Augustin.
La fécondité de notre combat spirituel est très dépendante de notre vie théologale, c'est à dire de la manière dont nous croyons vraiment en l'Esprit à travers les riens du quotidien, de la manière dont nous tenons dans l'espérance quel que soit le tangage des évènements, mais aussi de notre volonté à nous brancher sur la charité du cœur de Dieu pour mieux aimer au jour le jour.
Charité : « Vous savez bien que jamais je ne pourrais aimer mes sœurs comme vous les aimez , si vous-même, ô mon Jésus , ne les aimiez encore en moi. […] Oui, je le sens lorsque je suis charitable, c'est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à lui, plus aussi j'aime toutes mes sœurs », Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.
Saint Paul considère la vie à partir de l'Esprit comme le fondement de la vie chrétienne et du combat spirituel : « Laisse vous mener par l'Esprit et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise charnelle […] Puisque l'Esprit est notre vie, que l'Esprit nous fasse aussi agir ».
Sainte Thérèse : « Je comprends et je sais par expérience que le royaume de Dieu est au dedans de nous. Jésus n'a point besoin de livres ni de docteurs pour instruire les âmes, lui le Docteur des docteurs, il enseigne sans bruit de paroles… Jamais, je ne l'ai entendu parler, mais je sens qu'il est en moi, à chaque instant, il me guide, m'inspire ce que je dois dire ou faire. Je découvre juste au moment où j'en ai besoin des lumières que je n'avais pas encore vues, ce n'est pas le plus souvent pendant mes oraisons qu'elles sont le plus abondantes, c'est plutôt au milieu des occupations de ma journée ».
Nos luttes au quotidien ne sont rien d'autre qu'une participation au combat spirituel du Christ, ce dernier ayant embrassé dans sa mort et sa Résurrection tous les combats des hommes, qu'ils soient nés avant lui ou après lui, et ce jusqu'à la fin des temps.
Saint Paul : « En ce moment, je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l'Église ».
Que nous le voulions ou non, le combat spirituel se présentera à notre porte – ne serait-ce que le combat pour conserver patience et paix face aux contrariétés de la vie quotidienne. Devant la moindre occasion de combat, chacun a trois possibilités :
- Je peux décider de ne pas mener le combat. Mais alors ce seront les circonstances de la vie qui régneront sur moi, je conclurai à tort que la vie n'est qu'amertume.
- Je peux décider de me battre, mais en faisant le choix de mener cette bataille avec mes propres capacités, sans faire appel au secours du Christ.
- Je peux décider de mener le combat spirituel, en me mettant résolument à l'école de Jésus. Sachant que tout est grâce, je vais apprendre à laisser Jésus combattre en moi et avec moi.
Saint Paul se reçoit de Dieu en tout ce qu'il vit : en toutes ses entreprises missionnaires, il se laisse entreprendre ! Dieu, en retour, ayant cette accord sans lequel il ne pénètre jamais dans une âme, peut distiller sa puissance, son amour rédempteur qui offre un sens nouveau à la vie, son feu intérieur qui réchauffe la froideur des trahisons, sa joie débordante au cœur des épreuves de la vie.
La prière télécharge Dieu en notre âme. L'oraison prolongée est l'exercice de foi par excellence. On se tient là en présence de Dieu dont on se sait aimé et qu'on essaie d'aimer. En réponse à cette prière en forme « d'attention amoureuse » (Saint Jean de la Croix), Dieu se livre sans réserve. Si prière après prière, l'âme se laisse remplir de Dieu, elle ne peut pas recevoir de soutien plus puissant pour sa vie chrétienne et ses luttes au quotidien. Elle n'y reçoit pas seulement des secours de la part de Dieu, mais Dieu lui-même.
Aux yeux du monde, la prière silencieuse est considéré comme du temps perdu, mais c'est en fait du temps gagné. Saint Jean de la Croix se montre clair sur ce point : « Qu'ils réfléchissent, ceux qui s'adonnent à une activité sans mesure, qui s'imaginent qu'ils vont englober le monde dans leurs prédications et leurs œuvres extérieures. Ils seraient beaucoup plus utiles à l'Église et plairaient bien davantage à Dieu, s'ils s'employaient à se tenir devant Dieu en oraison la moitié du temps qu'ils consacrent à l'activité.
Développer le sens du mystère : « On a beau tout essayer, on a l'impression que ce qu'on fait ne produit aucun fruit, que la mission est en panne ». Combien d'évangélisateurs, consacrés ou non, semblent aujourd'hui atteints par ce syndrome du « à quoi bon », du « ça ne marche pas », du « je baisse les bras ». Si nous acceptons sereinement que les plans de Dieu ne coïncident pas toujours avec les nôtres, cette disponibilité à la manière de faire de Dieu produira en nous un changement de regard. Lorsque Dieu le permettra, nous accueillerons avec gratitude les réussites apostoliques. En acquiesçant au bon vouloir de Dieu, sans jamais baisser les bras, l'apôtre deviendra libre de lui-même et des propres vues. Il goûtera alors à la joie, à la sérénité qui est le lot merveilleux du serviteur inutile.
Le travestissement de l'espérance, qu'il prenne le masque de l'optimisme béat - « Le château brûle mais tout va bien madame la marquise » - ou celui du « pas de vague », est tout sauf un gentil défaut, puisque, de fait, il aboutit à la destruction dans le cœur des fidèle de « la petite fille d'espérance » si cher à Péguy.
L'Écriture, nourriture pour la route. A chacun de se constituer un florilège de quelques versets de l'Écriture qui lui parlent, qui réchauffent son âme, qui le fortifient. Et ne pas hésiter à « dégainer » ces courtes paroles de Dieu à chaque occasion de combat, de trouble, de passage à vide.
Monseigneur Robert COFFY : « Le chrétien est nécessairement « un pratiquant » au sens noble du mot, car il n'opère pas lui-même son salut, il le reçoit de Dieu dans des paroles, et des gestes efficaces de grâce ».
La lutte spirituelle que nous devons mener s'exerce surtout contre le péché. Selon la Tradition biblique et spirituelle, trois influences mauvaises agissent à la racine de la tentation et interagissent même les unes avec les autres : le diable, le monde et la chair.
Le diable est indirectement cause de tous nos péchés, en tant qu'il a conduit le couple originel à pêcher. Le disciple du Christ doit assumer aussi sa propre responsabilité dans la faute commise, puisque, au final, seule notre volonté personnelle est cause du péché.
Le tentateur peut agir par « sensations » ou « suggestions ». Le tentateur peut ainsi faire remonter à l'imagination un souvenir sensible enfoui dans la mémoire pour nous inciter au péché. Il peut aussi susciter un sentiment de colère vis à vis de telle personne, jusqu'à ce que mon intelligence soit obscurcie par un désir de vengeance…
Tactiques du Diable. Il cherche à nous faire croire qu'il n'existe pas afin de pouvoir opérer en toute tranquillité ses méfaits.
Auprès des âmes averties, il propose rapidement de faire un grand écart, seulement un petit déplacement de curseur, un petit péché véniel, ce qui le rend si innocent et presque désirable. Péché véniel après péché véniel, nous nous installons tout en douceur sur une pente savonneuse qui peut conduire à des péchés plus graves.
Le Diable est un menteur et le maître des soupçons. Dans chaque tentation qui nous traverse se reproduit un scénario similaire : flatterie de l'ego – que ce soit par le biais de l'orgueil, du plaisir, de la possession – et un doute subtil porté sur les intentions de Dieu. Lorsque le soupçon se porte lourdement sur Dieu, tôt ou tard, l'homme finit pas se soupçonner lui-même, l'autodestruction n'est pas loin.
Le Diable est le champion du découragement. En regardant de plus près le découragement, on découvre que s'y glisse souvent un orgueil très subtil : orgueil du nouveau converti ou du catholique de souche qui ne supporte pas le spectacle de ses défauts ou qui s'en veut à mort suite à certaines chutes. Au bout de l'accablement se trouve la désespérance. L'expérience de la divine miséricorde au cœur de nos misères est l'antidote par excellence au découragement.
Le Diable est diviseur. La communion, l'amour fraternel est ce qui devrait distinguer les chrétiens. Coupé de l'amour de Dieu par orgueil, il met désormais toutes ses forces à détruire ce qui ressemble à de l'amour authentique, à la charité vécue, à l'unité. Le Diable cherche pas tous les moyens à diviser, à susciter des jalousies, des rancunes, afin de mieux fragiliser les relations, fragiliser le lien social.
Saint Augustin distingue la tentation épreuve permise en vue d'un bien et la tentation séduction provoquée en vue du mal. Dieu peut permettre la tentation épreuve dans nos vies dans un but d'affermissement et de croissance spirituelle.
Dieu « permet » le péché, en raison de son très grand amour qui fait de nous non pas des marionnettes programmées et contraintes à l'aimer, mais des créatures réellement libres jusqu'à la possibilité de pécher, ce qu'il ne saurait vouloir directement.
Il est une tentation-séduction qui provoque la jubilation du diable, c'est la tentation-endurcissement, celle qui installe dans l'enfermement définitif loin de Dieu, le « péché contre l'Esprit » dont parle l'Écriture, le refus d'être sauvé.
La tentation suggérée par la sixième demande du Notre Père « ne nous laisse pas entrer en tentation » est celle de l'endurcissement définitif de l'âme, tout en sachant que cette option fondamentale se préparer à travers les actes moraux particuliers. La tentation dont nous devons absolument nous préserver est celle de l'endurcissement irrémédiable du cœur qui conduit à la séparation d'avec Dieu.
Trois phases dans le processus qui conduit au péché : suggestion, délectation et consentement. Il n'y a véritablement péché qu'avec le troisième stade de la tentation, lorsque l'âme acquise volontairement à la suggestion mauvaise, lorsqu'elle la laisse pénétrer en elle au point de s'y arrêter, de s'y complaire.
Les saints préconisent une connaissance de soi dans la connaissance de Dieu. Sainte Angèle de Foligno : « Se connaître, connaître Dieu ! Voilà le perfection de l'homme ». Il est nécessaire de repérer ses points de fragilités mais aussi ses qualités et autres charismes.
Lorsque le Mauvais se trouve face à une personne qui s'efforce de progresser dans la loi du Seigneur, dans l'amour de Dieu et du prochain « chez ceux qui se purifient intensément de leurs péchés et qui s'élèvent du bien vers le mieux », le propre du mauvais esprit est de mordre, d'attrister et de mettre des obstacles, en inquiétant par de fausses raisons pour qu'on n'aille pas plus loin.
Si notre Adversaire constate que nous désirons Dieu, il ne va pas nous attaquer de face, mais plutôt de côté, là où nous présentons un point de fragilité.
Dans notre générosité apostolique, tout peut sembler pour la gloire de Dieu, sauf qu'un petit ver vient s'immiscer subrepticement en nous jusqu'à ronger de l'intérieur le si beau fruit : le désir du succès finit par corrompre notre service de la mission ; l'âme ne se reçoit plus de Dieu mais arrête à elle la gloire qui devrait revenir à Dieu l'unique donateur.
Le Mauvais est si mauvais, qu'il est capable de nous faire trébucher par le biais de la vertu et de la ferveur. Un exemple très parlant est donné par le père Lorenzo Scupoli, une des grandes figures de la tradition spirituelle en matière de combat spirituel :
« Voilà, je suppose, une personne malade qui supporte patiemment son mal. Le démon, sachant que par ce moyen, elle acquerra l'habitude de la patience, lui met devant les yeux beaucoup d'œuvres saintes qu'elle pourrait faire dans un autre état, et il s'efforce de lui persuader que, si elle se portait bien, elle servirait mieux le Seigneur et serait plus utile aux autres et à elle-même. Lorsqu'il est parvenu à exciter ces désirs en son cœur, il les fortifie peu à peu, jusqu'à la rendre inquiète de ne pouvoir mettre ces désirs à exécution comme elle le voudrait bien. Et plus ces désirs grandissent et se fortifient, plus l'inquiétude augmente. […] Mais voyant que la guérison se fait attendre, elle se trouble au point de devenir tout à fait impatiente. C'est ainsi que de la vertu qu'elle pratiquait, elle tombe, sans s'en apercevoir dans le vice contraire ».
Chez les grands et vrais apôtre du Seigneur, chez les évangélisateurs porteurs d'une véritable fécondité divine, leurs œuvres sont toujours marquées par une forme d'humiliation, de pauvreté, de croix ? Le Très-Haut ne prend pas plaisir à humilier ses amis, mais il sait que le cœur des hommes est prompt à voler les œuvres de Dieu. Alors, pour les prémunir d'une telle tentation, il plante souvent une écharde dans la chair ou le cœur de ses apôtres, ainsi ils demeurent suspendus à la grâce divine, parfaitement convaincu que tout leur vient de Dieu.
Abbé bénédictin dom Columba Marmion : « Acceptions, si Dieu nous l'envoie, la maladie ou, ce qui est parfois plus pénible, un état maladif, une infirmité, qui ne nous quitte jamais. […] Si nous le faisons avec une amoureuse soumissions, […] notre âme s'ouvrira de plus en plus à l'action divine ».
La convoitise, ce foyer intérieur de concupiscence qui cherche à nous entraîner au mal et à nous désunifier, recouvre tous les désirs désordonnés que l'expérience chrétienne a appelés les passions de l'âme, devenus aussi les péchés capitaux.
Notre monde contemporain souffre d'un profond mal-être existentiel. Et ce malaise est d'autant plus grave et insidieux qu'on se refuse à en voir les causes profondes.
L'authentique homme d'Église se doit de dire aux âmes les causes de leurs maladies profondes.
La philautie est cette maladie de l'âme qui pousse à un amour démesuré de soi, au culte de l'ego, à l'égoïsme foncier. Jésus commande de cultiver un juste amour de soi. Saint Augustin dit de la carité authentique q'elle cultive « l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi » tandis qu'à l'opposé, le péché de philautie consiste en « l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu ».
Saint Paul note qu'une des intentions du Christ mourant et ressuscitant pour l'humanité fut de décentrer l'homme de lui-même afin qu'il se centre sur Dieu : « Le Christ est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux ».
Voici deux champs d'action qui sont des opportunités formidables pour pratiquer l'oubli de soi : la prière et la lutte contre le perfectionnisme. La prière est le domaine privilégié pour pratiquer l'oubli de soi, tout particulièrement lorsque, après la ferveur sensible d'une conversion soudaine, adviennent sécheresse, impressions désagréables de vide et même ce sentiment de perdre la présence de Dieu. En nous purifiant de cette façon, Dieu veut que nous entrions dans l'amour-don. Lorsque la vertu est cultivée pour elle-même, elle se transforme rapidement en perfectionnisme. Derrière la tristesse de se voir si pauvre et pêcheur peut se cacher un grand amour-propre, un orgueil déguisé sous le costume de la vertu.
Secret du bonheur selon Sainte Thérèse : « La principale cause de vos souffrances, de vos combats vient de ce que vous regardez trop les choses du côté de la terre et pas assez avec esprit de foi. Vous recherchez trop vos satisfactions. Et pourtant, savez-vous quand vous trouverez le bonheur ? C'est quand vous ne le recherche plus ». Il ne s'agit pas de renoncer au bonheur, mais à ces petits plaisirs recherchés uniquement pour soi et exigés par un amour plus ou moins captatif. Le vrai et profond bonheur, celui que ni personne ni les circonstances ne peuvent nous enlever, réside dans l'amour-don qui ne cherche pas à prendre l'autre mais à lui vouloir du bien.
C'est une très haute expression de la charité que d'offrir un sourire alors que notre ambiance intérieure nous plombe et voudrait nous installer dans la tristesse ou la mauvaise humeur.
Cultiver la bonne humeur, c'est rendre un culte à Dieu, car la joie est le fruit de l'amour : « La joie est amour, dit mère Teresa. Un cœur joyeux est le résultat normal d'un cœur brûlant d'amour, car elle donne plus, celle qui donne avec joie, et Dieu aime celui qui donne avec joie ».
Monseigneur Keppler, Vers la joie : « De fait, une âme joyeuse se trouve mieux disposée à la pratique de la générosité, du sacrifice, de la charité. Elle se laisse moins impressionner par la vue de l'effort à faire ou de la difficulté à vaincre ».
« Sois le portier de ton cœur », Evagre le Pontique.
« La source et le principe de tout péché, ce sont les pensées mauvaises », Origène.
« Si l'on ne péchait pas d'abord en pensée, on ne pécherait jamais en action », Hésichius de Batos
Nous devons lutter contre les pensées mauvaises, car elles nous éloignent de Dieu et sont souvent une planche d'appel pour le péché.
Le décentrement de soi pour se centrer sur Dieu suppose d'apprendre à lâcher prise de ces soucis qui nous collent à la peau.
Sainte Thérèse : « Quand j'ai fait de la peine involontairement, je demande au Bon Dieu de réparer cela et je ne me tourmente plus ». Cette expérience de couper court à nos pensées agitées afin de permettre à Jésus de penser et d'agir en nous au moment qu'il juge opportun, n'est rien d'autre qu'un grand saut dans la foi.
Jésuite Walter J. Ciszek, « J'ai appris très vite, confie t-il, que la prière n'enlève pas la souffrance physique ni les angoisses de l'esprit. Néanmoins, elle me donnait une certaine force morale pour porter patiemment ce fardeau. Et c'est très certainement la prière qui m'a aidé à traverser cette crise comme toutes les autres de ma vie.
La patience dans l'épreuve : « Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante, tout passe. Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit », Thérèse d'Avila.
« Nous prêtres, nous avons vraiment perdu le sens de l'ascèse et de la pénitence. Cela me coûte, mais depuis plusieurs mois je me lève une fois par semaine dans la nuit de jeudi à vendredi et je vais adorer une heure pour ma conversion, la gloire de Dieu et le bien de mes paroissiens ».
Bismarck, lorsqu'il écrivait à sa jeune épouse : « Madame, mettez-vous bien dans la tête que je ne vous ai pas épousée parce que je vous aimais, mais pour vous aimer ».
Petite Thérèse a beaucoup souffert de tristesse à cause de la maladie mentale de son papa. Elle se culpabilisait d'avoir de tels sentiments de désolation, mais une parole de son père spirituel, le père Pichon, fut un baume pour elle : « Jésus a souffert avec tristesse… sans tristesse est-ce que l'âme souffrirait ? Lorsqu'elle se sent gagnée par la tristesse, la sainte de Lisieux choisit de plonger au niveau de son cœur profond où elle aime, elle veut aimer et faire confiance.
Face à la pornographie, aux rechutes, le plus important est de développer un regard de foi. Les rechutes peuvent contribuer à stimuler la confiance en « obligeant » l'âme à se jeter avec plus de force comme un enfant dans les bras de la miséricorde de Dieu :
« Oui je le sens, s'écrie la petite Thérèse, quand même j'aurai sur la conscience tous les péchés qui peuvent se commettre, j'irais le cœur brisé de repentir me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien il chérit l'enfant prodigue ».
Pour discerner chrétiennement, il nous faut sans cesse plonger notre sagesse humaine dans la sagesse de l'Esprit.
Plus on vit en Dieu, moins on a envie de faire le mal. L'amour de Dieu exerce alors sur nous une forme de fascination, la joie d'accomplir le bien prend le dessus et le mal devient moins attrayant.
C'est par l'expérience concrète qu'on apprend à discerner, c'est à dire en examinant les mouvements intérieurs de son âme et en apprenant à correspondre de plus en plus à ces appels intérieurs.
Sainte Faustine : « J'ai compris qu'il faut faire très attention aux inspirations intérieures et les suivre fidèlement, et la fidélité à une grâce en amène d'autres ».
« Ne vous éloignez pas de l'Église, dit Saint Jean Chrysostome. Rien n'es plus fort qu'elle. Elle est votre espérance, votre refuge. Elle est plus haute que le ciel et plus vaste que la terre. Elle ne vieillit jamais ».
L'obéissance proprement chrétienne ne réclame jamais qu'on se soumette à un supérieur lorsque ce dernier nous enjoint d'acquiescer à telle hérésie ou à telle erreur doctrinale. Saint Thomas d'Aquin considère même comme un devoir pour un inférieur de corriger son supérieur publiquement lorsque l'enseignement de ce dernier présente un danger pour la foi ou les mœurs.
« Le désir qu'a notre ange gardien de nous aider est beaucoup plus grand que celui que nous avons d'être aidés par lui » dit don Bosco.
Paul VI : « L'ascèse de l'esprit demande de la force, une attention croissante, ainsi qu'une courageuse renonciations aux séductions du monde. Il nous faut faire preuve d'une vigilance incessante et ne nous en départir sous aucun prétexte. Chaque jour, il nous faut au contraire affermir cette attention constante, jusqu'au terme de notre parcours terrestre. Il s'agit là d'une lutte contre soi-même que nous pouvons assimiler à un lent et long martyre. L'Évangile nous exhorte clairement à cette lutte : « Le Royaume des cieux souffre violence et des violents s'en emparent ».
En découvrant son être pécheur, la personne va se regarder désormais dans l'amour inconditionnel de Dieu et abandonner son perfectionnisme à l'immense perfection de Dieu.
Vivre nos ratés en Dieu : un vrai secret de vie, de bonheur et de sérénité.
Devant le spectacle si peu reluisant de sa misère, l'homme peut faire le choix de basculer dans l'infinie miséricorde de Dieu, il fera alors l'expérience ineffable de se découvrir pécheur tendrement et infiniment aimé.
« Pour ceux qui l'aiment et qui viennent après chaque indélicatesse lui demander pardon en se jetant dans ses bras, Jésus tressaille de joie », Sainte Thérèse
« Dieu résiste aux orgueilleux, mais c'est aux humbles qu'il donne sa grâce » (1P 5,5)
Quel est l'apôtre selon le cœur de Dieu ? Celui qui dégaine plus vite que son ombre des projets pastoraux, au risque de l'étourdissement et de la déperdition de sa vie intérieure ? Ou celui qui semble bien modeste dans ses succès pastoraux, mais cultive la vie intérieure, l'union à Dieu, une pastorale de la sainteté ? A chacun de répondre.
Le Christ attend que nous soyons des « coopérateurs » de la rédemption. Chacun pour sa part et selon ses forces est appelé à participer dans sa propre vie et dans sa chair à la croix de son Sauveur. Tout particulièrement pour les prêtres, le mystère de la croix, ne doit pas seulement être célébré : il doit être vécu. La croix accueillie et vécue au service des âmes, voilà la marque distinctive d'une évangélisation proprement chrétienne.
Pape Jean XXIII : A l'exemple des apôtres de tous les temps, le saint curé d'Ars voyait dans la croix le grand moyen surnaturel de coopérer au salut des âmes qui lui étaient confiées. Pour elles, il souffrit sans se plaindre les calomnies, les incompréhensions, les contradictions ; pour elles, il accepta le véritable martyre physique et moral d'une présence presque ininterrompue au confessionnal chaque jour durant trente années ; pour elles, il lutta en athlète du Seigneur contre les puissances infernales, pour elles, il mortifia son corps. Et l'on connaît sa réponse à ce confrère qui se plaignait du peu d'efficacité de son ministère : « Vous avez prié, vous avez pleuré, vous avez gémi, vous avez soupiré. Mais avez-vous jeuné, avez-vous veillé, avez-vous couché sur la dure, vous êtes vous donné la discipline ? Tant que vous ne serez pas là, ne croyez pas avoir tout fait ».
N'est-il pas urgent d'enseigner sans détours aux futurs évangélisateurs cette vérité vécue et enseignée par tous les saints évangélisateurs, à savoir que « la souffrance seule peut enfanter les âmes », telle était la conviction de Thérèse de Lisieux ?
Lors des apparitions de la Vierge Marie à Kibeho, la Vierge Marie a dit que la souffrance est aussi un moyen d'expier pour le péché du monde et de participer aux souffrances de Jésus et de Marie pour le salut du monde. Les voyants ont été invités à vivre ce message d'une façon concrète, à accepter la souffrance dans la foi et dans la joie, à se mortifier et à renoncer aux plaisirs pour la conversion du monde.
Indifférence spirituelle : Les saints enseignent de manière unanime que leur sérénité intérieure ne vient pas de leur tempérament humain : elle est le fruit de la pratique absolue de l'indifférence spirituelle, de leur abandon à la volonté de Dieu.
Sainte
Thérèse, gravement malade, a la joie de l'union avec Jésus, joie
de s'unir à sa sainte volonté dans l'ici et maintenant :
« Je ne serais pas aussi gaie que je le suis si le bon Dieu ne
me montrait pas que la seule joie sur la terre, c'est d'accomplir
sa volonté « .
C'est une bonne chose de chercher la volonté de Dieu lorsque l'on se trouve à un grand carrefour de la vie. Mais Jésus n'est pas un « intermittent du spectacle », il veut nous combler tout entier et tout au long de notre existence, dans les grandes décisions de la vie comme à travers les riens du quotidien.
Dieu dit à Monseigneur Van Thuan qu'il doit faire la différence entre Dieu et les œuvres de Dieu. Dans tout ce que j'entreprends, en toute vérité, est-ce que je choisis Dieu ou les œuvres de Dieu ?
L'âme s'épuise lorsqu'elle vit à côté de l'union de volonté. Combien d'âmes généreuses, même parmi les prêtres et les religieux, sont littéralement épuisés : ils se démènent pour Dieu, mais sont incapable de se recevoir de Dieu et de sa sainte volonté. Ils veulent tout gérer, tout organiser, tout contrôler.
De oui en oui. Puisque tu veux que je vive cela, je le veux bien ainsi.
Jésus à Luisa : « C'est moi qui ai sanctifié la croix et non pas la croix qui m'a sanctifié. Ce n'est pas la croix qui sanctifie, c'est la résignation à ma volonté qui sanctifie la croix. La croix ne produit du bien que si elle est unie à ma volonté ».
Pour supporter la croix, l'important ne réside pas dans notre puissance musculaire ou mentale, mais dans notre consentement humble à nous laisser remplir de la force de Dieu lorsque nous avons un genou à terre sous le poids de la croix.
L'âme installée dans la divine volonté à l'heure de la croix a la capacité de soulager Jésus des offenses des hommes. Jésus dit à Luisa :
« Au contact des âmes qui font les Heures de ma Passion, je sens que les clous s'enlèvent, que les épines sont détruites, que mes blessures sont soulagées et que les crachats disparaissent ».
Jésus nous fait l'honneur si nous l'acceptons d'être des petits « rédempteurs » dans son unique rédemption. L'âme unie intimement au Rédempteur a le pouvoir de réparer le mal commis par le péché.
Jésus dit à Luisa :
« Ma fille, mon âme ressent un irrésistible besoin de réparation après tant d'offenses de la part des créatures. Il veut au moins qui, se plaçant entre moi et les créatures, me donne une complète réparation, de l'amour au nom, et qui sache faire sortir de moi des grâces pour tous ».
Source : Joël GUIBERT